Death and Taxes

La faucheuse à la COGIP

Vous voulez télétravailler pour sauver la croissance, et vous n’avez pas peur de vous salir les mains ? Plus rentable que miner des bitcoins avec votre aspirateur, devenez agent de la mort ! Un emploi stable aux perspectives d’évolutions réelles. CV + lettre de motivation à satanrecrute@baphomail.com

Premier jour au bureau, premières vies à prendre. Devant moi, des CV en quelques lignes qui résument la vie d’un humain. De l’autre côté de la table, les consignes de Fate, mon supérieur direct. Sur les quatre cas du jour, je dois en éliminer deux. Pas plus, pas moins. Si possible des profils d’ingénieurs. De préférence entre 35 et 50 ans. Pour envoyer les quidams à la morgue, il suffit de cocher la bonne case en bas du dossier à l’aide de mon Stabylo® mortel et de tout renvoyer au patron, par fax. Dans les bureaux de la Mort, on aime gaspiller le papier. Chaque soir, Fate évalue mon respect des quotas de morts, et décide de me payer ou non. Le lendemain matin, je regarde sur Twitter les conséquences de mes décisions. J’ignorais que ce pilote de ligne allait mourir en service.

Open Dead Space
Voilà une journée type dans Death and Taxe, un jeu narratif-tamponnage classique. La première partie est plutôt sage : on se contente de massacrer plein d’innocents pour éviter les sanctions de la hiérarchie. En nous faisant miroiter une promotion, en brandissant la menace des évaluations hebdomadaires, notre N+1 fait de nous un bon petit soldat. Il faut dire qu’en tant que joueur, on pense avoir une marge de manœuvre étroite dans nos décisions, et on ose à peine sauver quelques bonnes âmes condamnées. Ou à l’inverse punir ceux qui ne remplissent pas les critères, mais qui mériteraient pourtant le courroux divin (les kidnappeurs, les chefs de sectes, les PDG). Et puis après une première fin, on retourne au bureau plein d’assurance. Conscient que des forces supérieures à nous – pauvre agent administratif – s’affrontent. C’est aussi ça, le pouvoir des jeux vidéo : imaginer que des décisions prises dans des bureaux puissent avoir des conséquences sur la vie ou la mort de personnes. 

Je ne fais que mon travail
Death and Taxes, contrairement à nos vies, ne peut pas être interrompu par un game over. Il comporte en revanche des fins différentes selon notre carrière. En tuant ou en épargnant, on influe sur quatre facteurs qui impactent le sort de l’humanité : l’environnement, l’économie, la santé, la paix. Si certains indices sur nos potentielles victimes sont parfois trompeurs ou nuancés, il est dans l’ensemble assez simple de deviner l’impact de la disparition d’un humain sur son monde. Choisir entre tuer un marchand d’arme ou une infirmière ne devrait pas poser de grands cas de consciences. Même s’il y a des évidences, mieux vaut lire intégralement les résumés et ne pas se contenter des titres. Car le diable peut être dans le détail, et un “bénévole auprès des personnes âgés” peut aussi être un vendeur d’assurances peu scrupuleux. 

Pour enrober un peu un jeu déjà agréable à lire et à regarder, des objets sont disponibles à l’achat. Certains sont utilitaires voire même indispensables, comme la gomme à usage unique qui permet de rectifier une décision. D’autres pourront ouvrir des lignes de dialogue supplémentaires et influencer le dénouement. La majorité sont purement cosmétiques, destinés à modifier l’avatar ou décorer le bureau. Le jeu se boucle en 2h, sans jamais donner l’impression de meubler. Agréable quand on veut voir deux fins différentes (sur les 3 ou 4) sans pour autant relire l’intégralité du tronc de l’histoire. On est là pour farfouiller et jouer tour à tour le fonctionnaire zélé, le bienfaiteur ou l’explorateur des historiettes qu’on détecte. Sans risquer de gagner ou perdre.

Death and Taxes est une sucrerie morbide, très simple mais bien fagotée. Il contient ce qu’il faut de variété pour un après-midi. Le temps de se prendre pour l’ange de la mort, sans prise de tête.

Death and Taxes
Développeur / Éditeur : Placeholder Gameworks (Estonie)
12€ sur Steam

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s