The Shattering

Fifty shades of flou

Je m’appelle John, un accident m’a rendu amnésique. Mon histoire commence chez le psychiatre qui m’annonce le but des séances à venir : fouiller ma mémoire défaillante pour retrouver le nom d’une femme. “Bernadette !”, répondis-je instinctivement. D’une moue compatissante, le brave docteur me fait comprendre que non seulement je ne suis pas Jacques Chirac, mais que ce dernier est mort. J’aurais souhaité ne jamais me réveiller.

Bonjour. Prenez une check-list de l’histoire de “l’artiste torturé alcoolo-dépressif”. Machine à écrire mécanique, check. Test de Rorschach, check. Angoisse de la page blanche soignée par l’alcool, check. Meubles qui bougent et murs qui s’écroulent, check. Bon. Arrêtez-vous là, sinon on a pas fini. Oui, ce jeu coche toutes les cases du walking simulator psychologique, et on y trouve absolument tout ce que laisse imaginer son trailer. À défaut d’une originalité scénaristique (voire d’un scénario tout court, mais on y reviendra) il a une vraie patte graphique. Le style est élégant, un noir et blanc tout en nuances soignées, dans de belles lumières. 

Memento Memory ®
The Shattering tente une horreur différente, basée sur les angoisses d’une vie réelle. Même si les clichés évoqués se retrouvent jusque dans certains lieux (l’orphelinat glauque, l’hôtel feutré), les problèmes restent à la portée du commun des mortels. Sont traités par exemple le harcèlement scolaire et le stress de l’open-space, deux maux bien terre-à-terre, habilement mis en scène. À défaut d’avoir un fil conducteur pour nous capter plus de la moitié de ses 3h, ce sont ces quelques fulgurances de mise en scène qui donnent sa substance au titre. Si la tolérance au flou artistique peut varier, j’ai abandonné après l’acte II la perspective de vraiment comprendre l’histoire globale, pour me résoudre à profiter de chaque scène indépendamment. Car il ne faut pas aborder le jeu comme l’histoire construite qu’il nous vend. Mais plus comme un train fantôme aux galeries plus ou moins inspirées, mais toujours esthétiquement agréables à traverser. 

Psycho sans logique
On peut visualiser différentes écoles dans les œuvres qui jouent avec notre confusion, ou avec celle du protagoniste. Parfois, un gros twist renverse tout, comme dans Fight Club, le film préféré de notre copain Jonathan au lycée. Sur un ton un peu plus nuancé, plusieurs portes peuvent rester ouvertes aux interprétations, comme à la lecture de Shutter Island. Dans tous les cas, il incombe à l’auteur de donner suffisamment de grains à moudre aux petits moulins que sont nos gros cerveaux plein d’eau. Pour éviter une trop grande frustration qui laisse un goût d’arnaque, ou pour permettre l’émulation des théories dans les cours de récré ou sur les forums. Il en va de cette confusion comme du thé vert : si on laisse trop infuser, on garde un goût amère. Hélas pour The Shattering, le scénariste est sorti se promener en laissant le sachet dans son mug.

The Shattering a le mérite de proposer une horreur différente, sans jump-scare et avec très peu de sang. Dommage que l’histoire qu’il amorce s’étiole très vite dans un flou grossier, pour ne laisser qu’un collier de scènes qui pourraient presque être vues dans n’importe quel ordre. Amateur de thrillers psychologiques, ne venez pas pour l’histoire. Le jeu est visuellement très travaillé et contient quelques passages vraiment marquants. La structure, elle, tient plus du patchwork.

The Shattering
Développeur : Super Sexy Software (Pologne)
Éditeur : Deck 13
20€, GOG, Steam, Switch, Xbox

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