The Procession to Calvary

Nan mais à l’huile quoi

D’Art D’Art, c’est l’histoire d’une œuvre d’art. Cette phrase a surgi dans ma tête en voyant les images de The Procession to Calvary. Preuve qu’avant mon émancipation en tant qu’être humain la télévision avait eu le temps de commettre d’irréparables lésions. 

The Procession to Calvary (Le Portement de Croix en VF), c’est l’œuvre d’un des peintres les plus connus de la renaissance, le flamand Pieter Brueghel. Pourquoi Joe Richardson a-t-il choisi ce tableau et pas un autre pour nommer son jeu ? Sûrement car il condense pas mal des éléments du jeu : la notion d’un chemin (fut-il de croix), la religion au centre, et une ambiance bizarrement festive et animée autour d’hommes qu’on torture. Contacté par la rédaction, l’historien Lorànt Deutsch regrette de ne pas pouvoir apporter son éclairage à cette introduction. “Je prépare un éditorial important sur Louis XVI pour Valeurs Actuelles, et ce soir j’ai messe noire en hommage à Charles Martel”,  s’est-il excusé.

The Procession to Calvary honore sa promesse d’un humour à la Monty Python. Le burlesque absurde règne en maître dès le pitch de base. Notre héroïne, chevalière à la solde du roi, se trouve fort dépourvue lorsque la guerre sainte prend fin. Car tuer, c’est pour elle ce que les courses sont à Omar Sharif : sa grande passion. Elle va donc quémander auprès du nouveau roi le droit de tuer une dernière personne. Le monarque du Nord décide de faire d’une pierre deux coup, en envoyant la demoiselle psychopathe tuer son homologue du Sud, celui-là même qui vient de déposer les armes. Si vous ne trouvez pas ça burlesque, voire éprouvez de l’empathie pour cette femme qu’on bride dans ses envies, merci de ne jamais m’inviter à passer un week-end à l’île de Ré. 

En terme d’écriture, le n’importe quoi généralisé ne tombe jamais dans des longueurs qui devaient être tentantes, tant les peintures utilisées recèlent de potentiel comique. Les scènes des œuvres choisies font d’autant plus rire qu’elle sont atroces. Mais le jeu ne se repose pas sur son matériau de base, riche en situations cocasses. Lorsqu’il tourne en ridicule ce qui doit l’être, à commencer par la passion des hommes pour la guéguerre, le pouvoir et les sévices corporels, il fait montre d’ironie. Quand il blasphème – Jésus est un magicien de foire – il le fait avec potacherie. Dans ce magnifique enrobage s’articule ce que j’appelle le point-n-click parfait. Les énigmes et associations d’objets sont logiques dans l’univers du jeu, et donc gratifiantes. Ni évidentes au premier coup d’œil, ni Grim Fandanguesques.*

* »impossible à résoudre sans soluce » en langage vidéoludique

À grosses doses de loufoque et de fascination morbido-comique, Joe Richardson nous fait nous gondoler comme la cuirasse de nos ennemis. Si vous avez quelques appréhensions sur le niveau d’anglais requis vu l’époque abordée : à part quelques expressions “d’époque”, l’ensemble est largement à portée des non-bilingues-qui-se-débrouillent-en-lecture.

The Procession to Calvary
Développeur : Joe Richardson
Éditeur : Joe Richardson / Superhot Presents

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s