Over the Alps

Yodeleï v’la les nazis

À l’aube de la seconde guerre mondiale, Mr Smith, espion au service de Sa Majesté, est envoyé en Suisse. Il va très vite dévier de sa mission principale et se retrouver en prise avec les services secrets du Reich, en particulier avec une espionne nazie déterminée à porter haut les idéaux de son führer national. En train, à vélo, à pieds, Over the Alps propose un road-trip au pays du chocolat et de l’anonymat bancaire, de la frontière italienne jusqu’à Zurich. 

Comme l’Helvétie, le jeu est fiscalement visuellement très accueillant. La direction artistique, façon autocollant promotionnel “Skiez à Val D’Isère !” collé sur la vitre arrière d’une Simca 1000, est adorable comme l’intérieur d’une boule à neige. Les décors bougent très peu, si ce n’est pour nous indiquer où cliquer pour déclencher une scène : là une enseigne qui pivote au vent, un drapeau, une cheminée…Tout colle avec l’idée que l’on se fait d’une Suisse figée dans sa beauté apaisante. La musique colle parfaitement au thème, et les fins cinéphiles retrouveront des couleurs d’OSS 117 ou des enquêtes de Sylvestre et Titi.

En jeu, les dialogues sont une retranscription épistolaire destinée à Aubrey, notre mystérieux collègue et ami. En tant que joueur, on gagne donc le confort de lire une histoire racontée à la première personne. Jouant sur ce recul du narrateur/acteur, les textes nous font questionner habilement notre interprétation. Si on décide de s’épancher un peu dans notre lettre, cela va-t-il influencer le récit en cours ou rester une anecdote sur papier ? Pour orienter les dialogues, on choisit entre plusieurs timbres postaux, chacun correspondant à un ton différent…On peut se la jouer espion professionnel, grande gueule, gentleman, gros bras ou froid calculateur (notez qu’il s’agit de mes propres interprétations des icônes). Après chaque scène, on retourne sur la carte, qui offre parfois la possibilité de faire quelques détours avant la prochaine ville de destination.

Le tout est donc assez clair pour qu’on comprenne la couleur qu’on s’apprête à donner, sans pour autant permettre d’avoir une idée arrêtée sur les conséquences immédiates d’une réplique. Le jeu dose bien la surprise et le suspens pour contrebalancer le pouvoir de décision du joueur, sans jamais frustrer. Si on est déçu de ne pas parvenir à raisonner un nazi par une démonstration très argumentée, on ne s’en étonne qu’à moitié. Si on veut tenter un chemin différent dans une deuxième partie, cela reste possible sans tourner à la corvée. Le jeu se boucle actuellement en 1h30, mais deux mises à jour gratuites de l’histoire sont prévues.

À l’écriture, on retrouve Jon Ingold, directeur narratif du studio Inkle, responsable du merveilleux Heaven’s Vault. Le tout est crédible et direct. On voit parfaitement les scènes telles quelles dans un film d’espionnage de série B qui s’assume. Explosions, courses-poursuites, bunker secret, docteur allemand méchant, saucisses et bière : rien ne manque. Les dialogues sont bien découpés et dynamiques, et aucune blague ne vient alourdir l’affaire. Souvent, le contexte suffit. Qu’on tente d’esquiver un contrôle de police en se cachant derrière un journal, ou qu’on choisisse de coller son Mauser sur des côtes nazies.

Over the Alps a des ambitions bien mesurées. Il propose un thriller en forme de roman de gare assumé, qu’on dévore d’une traite. Avec ses paysages soignés et ses personnages bien campés, il nous invite autant à l’action qu’à la contemplation.

Over the Alps
Développeur / Éditeur : Stave Studios
10€, Steam et Apple Arcade

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