The Longing – journal souterrain

Jour 1 – L’enterrement
Cet enterrement soudain n’est pas une surprise. À vrai dire, je m’y préparais. Sans rien laisser paraître au Roi, bien sûr. Des jours de grande solitude s’annoncent. Je ne ferai pas l’erreur de ressasser la vie qui m’a menée là. Tout d’abord, ce serait vain. Ensuite, avant notre bon Roi et les murs du Palais de Terre, j’ai tout oublié. 400 jours. 400 nuits. Non pas que la solitude m’effraie. Elle est mon pain quotidien. Seulement la vie au château gardait mon esprit occupé. Je ne sais pas m’ennuyer. Même si j’ai souvent entendu les messieurs et dames de la cour évoquer ce mal qui semblait ronger leur vie. Dans l’obscurité souterraine, j’attendrai sans grand mal. Dans cette cavité qui sera ma chambre, déjà les secondes s’égrainent. Elle coulent sur la roche, fluide visqueux et translucide. Je les sens sur ma nuque. Quand je redresse les épaules, elle foncent entre mes omoplates sans même provoquer un frisson. Le temps n’a plus de prise sur moi depuis longtemps. Moi qui ne suis qu’une ombre triste, perdue et oubliée de tous.

Jour 2 – Un cachalot blanc
Parmi les effets personnels qui m’accompagnent, trois livres. Ils sont heureusement bien épais. J’ai le vague souvenir d’en avoir déjà lu un par le passé. Une histoire de mer et de chasse. On m’a parlé de la mer, de ses profondeurs insondables. Ces galeries qui m’accueillent, ont-elles un fond ? J’ai positionné la chaise de manière à avoir le plus d’espace libre possible devant moi. Si la solitude ne me fait pas peur, s’asseoir face à un mur tout proche a quelque chose d’oppressant. Sur la paroi de pierre noirâtre, aurais-je peur d’apercevoir, à si proche distance, mon reflet ? Qui sait si cela n’est pas impossible, moi qui ne suis qu’ombre.

Jour 3 – Paysage intérieur
Une chaise, qui tuerait un humain normal par son inconfort. Une bibliothèque dépouillée, comme édentée. Une table robuste conclut la liste des ornements de ma grotte. Un tas de feuilles volantes m’y attend, sans que je sache dessiner. L’envie m’en prendra peut-être. Pour l’instant, ce journal comble le vide. J’ai bien le temps de tracer au charbon les paysages que m’inspirent les aspérités du plafond, les stalactites émoussés et les croûtes de salpêtre qui courent le long des murs.

Jour 4 – L’odeur du noir
Si les murs du château étaient austères, ils étaient aussi assez bien chauffé. La chaleur des pièces principales circulait relativement bien, jusque dans le quartier des ombres servantes. L’humidité et le froid d’ici bas n’arrange pas ma silhouette déjà raidie par le travail. Comment allumer un feu ? J’ai bien une idée, mais elle ne plairait pas au Roi. Je sens l’odeur du charbon qui monte, au loin, des galeries connexes. Il faudrait que je puisse m’y aventurer. Sortir de cette pièce. Visiter ces lieux, que je devine grands à l’écho que font les gouttes qui s’écrasent dans les ténèbres. Sortit de cette chambre. Désobéir. Non, vraiment, cette idée ne plairait pas au Roi.

Jour 5 – L’influence de la lune
J’ai dessiné la lune. Un soleil aurait été malaisant dans cette obscurité. J’ai accroché mon œuvre au dessus du foyer, pour me convaincre qu’un jour, j’y ferai une belle flambée. Je suis surpris de constater à quel point créer m’engaillardit. Je sens le souffle de l’aventure dans les couloirs adjacents. Je n’ai que peu de feuilles et peu de livres. Dessiner ne m’occupera pas 400 jours. Si le Roi avait vraiment voulu me priver de balade, il m’aurait enfermé avec lui. Pas dans une pièce annexe, libre de mes mouvements. Qui sais les merveilles que renferment les fondations du château? Et même plus profond encore. Si demain cette fièvre aventureuse ne m’a pas quitté, alors c’est décidé. J’avancerai dans la nuit opaque. Au moins jusqu’au bout du couloir.

Jour 6 – À la barbe de Sa Majesté
Notre bon Roi ronfle. Sa respiration profonde fait vibrer les piliers stalagmitiques. Pour m’aventurer hors du lieu de retraite officiel, il me faut passer devant lui. Même avachi sur son trône, il garde une prestance royale. Face à son gigantisme, ma témérité est ébranlée. J’entame la traversée du hall à petits pas, effrayé à l’idée que ses paupières frémissent. Bien que je n’aie pas de chaussures, mes pas résonnent affreusement sur le dallage. Je résiste à l’envie d’accélérer. Viennent les escalier. Une centaine de marches. Interminables. Une porte. À moi les ténèbres.

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