Afterparty

La vodka du diable

En 2016, avec Oxenfree, Night School Studio avait séduit. Visuellement, certes, mais surtout pour son système de dialogues actif, qui forçait à la spontanéité. Les dialogues en eux-mêmes se voulaient réalistes. Le studio visait l’empathie comme but ultime, tout en valorisant les choix faits par le joueur. Avec Afterparty, les californiens pavent l’enfer des mêmes intentions, en lâchant cette fois la bride au petit diablotin sur leur épaule gauche. Pour le meilleur.

Le diable est dans le cocktail. Milo et Lola sont un garçon et une fille meilleurs amis. Pendant la soirée de fête festive qui conclut leurs années lycée, ils sont projetés littéralement en enfer. Ils ne connaissent pas la raison de leur présence ici, ni la cause de leurs morts simultanées, mais entendent une rumeur. Satan offrirait un voyage retour sur terre à celui capable de le battre au lever de coude. Les deux bacheliers entament alors leur quête dans l’antichambre des neufs cercles des enfers. Un endroit composé de beaucoup de bars, où l’alcoolémie est érigée en véritable style de vie. Même sans être originaire de l’ouest de la France, vous devez pouvoir imaginer l’endroit. Dans ce pandémonium éthylique errent les démons – en dehors de leurs heures de travail – et les humains en attente de jugement.

He Satan, tu descends ? Milo et Lola vont parcourir les différentes îles de cet archipel flottant sur le Styx. Mais comment voguer sur les flots de lave en fusion ? Grâce à Sam, un démon conductrice de taxi en mal de papotage. Avant de se présenter devant le Maître des lieux, il faudra notamment rencontrer les archanges déchus, frères et sœurs du patron. Les devantures des lieux de débauche se succèdent sous les néons criards. À l’écran s’affichent sporadiquement des messages issus de Bicker, le Twitter local. “Where the fuck is my right foot ?”  

8,666. Afterparty est un régale pour les misanthropes de toutes espèces. Car l’humour du titre tient principalement dans la vision que porte les démons sur notre condition. Ces derniers parlent en fins érudits, ou à l’inverse posent des questions naïves et sincères. Les auteurs esquivent donc en souplesse la lourdeur et la facilité de l’humour cynique du poivrot désabusé – “les hommes sont mauvais vivement qu’on crève” –  qui pourtant aurait trouvé public. Une finesse que résume bien cet échange avec Wormhorm. À la question “Qu’ai-je fais pour mériter l’enfer ?”, notre tourmenteuse attitrée répond : “Qu’as tu fais pour mériter autre chose ?”.

Sans se rouler dans la surinterprétation et la philosophie comme des cochons, on ne peut pas nier au jeu un certain propos. On découvre petit à petit un enfer géré en entreprise, où l’on se plaint d’avoir eu “300 humains à démembrer hier, SEUL” parce qu’un chef de service fait mal son boulot. Des suppôts de Satan commettent les pires atrocités de 9h à 18h, puis se retrouvent dans l’arrière-salle du balto pour jouer au bingo. Ils n’essaient pas vraiment de nous empêcher de nous échapper : ils profitent de la distraction. Au fond, ils ne font « que leur boulot », comme disent les gens qui font un métier un peu sale.

Diablolo fraise. Afterparty garde le même système de dialogue que son aîné, en offrant plus de temps pour répondre, ce qui ravira les hésitants (Et ceux qui ne sont pas 100% à l’aise en anglais, la VF est dans les tuyaux). La nouveauté vient des cocktails qu’on peut ingurgiter à chaque comptoir, et qui permettent une troisième option de réponse, adaptée ou non à notre interlocuteur. Des mégots, la queue d’un raton laveur, du chocolat fondu ou la culpabilité d’un catholique : tout passe dans le shaker.

On ne va pas tourner autour du suppôt plus longtemps : Afterparty est drôle, bien rythmé et joli comme un cœur de trader jeté au feu. On a eu le temps de l’attendre et de l’imaginer, mais il surprend quand même. Ne laissez pas passer cette joyeuse – et unique – occasion de voir l’alcool comme la solution à tous vos problèmes.  

Afterparty
Développeur / Éditeur : Night School Studio (USA)
16€ sur PC, Playstation et Xbox

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