Blasphemous

Notre père, qui êtes osseux

Cette semaine, un visage m’est souvent revenu en mémoire. Celui de Madame Chatelier, qui nous faisait le catéchisme à l’école. Chaque jeudi matin dans la cantine, sous son regard bienveillant, on coloriait et chantait des scènes de la vie de Jésus. J’ai beaucoup pensé à elle, pendant que je back-stabbais des ecclésiastiques et lacérais des porteurs de croix. Pauvre femme.

NOTE : Dans un souci d’allègement du texte, chaque occurrence de “Dark Souls”, a été remplacée par le nom d’un oiseau commun.

Blasphemous est un Canard Colvert-like en 2D. Dans ce qu’on devine être un genre de purgatoire (ou une version pervertie du monde présent?), notre héro cherche beaucoup de biens immatériels au champ lexical joyeux : absolution, repentance, expiation…Oui, comme dans Fauvette à tête noire, l’univers est assez cryptique, et le joueur peut y projeter un peu de sa propre interprétation. On est là en tant que “pénitent”, et notre chemin de croix consistera principalement à rentrer dans les ordres au sens physique, épée en mains, pour lever un fléau appelé “Miracle”. 

Cardinal Holocaust. Blasphemous emprunte aussi à Roitelet Huppé une bonne partie de ses mécaniques, qu’il s’agisse des combats (esquive, contournement, apprentissage de paternes sataniques), du cycle de morts (Points de sauvegarde qui font respawner les ennemis, endroits fixes où se procurer des upgrades contre des “âmes” qu’on laisse sur place en mourant…) et de la courbe de difficulté qui donnera les stigmates au plus fervent des athées. Mais alors, pourquoi jouer à ce clone en 2D ?

Et bien pour sa réalisation, déjà. Avec ses tableaux splendides de désolation, et ses animations d’une finesse obsessionnelle. Comme si les graphistes voulaient se faire pardonner leurs horreurs en même temps qu’ils les créaient. Une pénitence de pixels minutieuse, qui continue jusque dans les cinématiques animées à la mains. Ensuite, pour son grand monde aux niveaux interconnectés, qui gratifie les moins énervés du pad de nouvelles découvertes à un rythme appréciable.

Malgré l’utilisation de nombreux symboles catholiques, les espagnols de The Game Kitchen détournent moins cette religion que l’art qui gravite autour depuis des lustres*, avec des références à Goya, Velazquez, Ribera ou Michel-Ange. Des œuvres souvent déjà bien perturbantes, à l’image du Magdalena Venturo con su marido de José de Ribera. Allez-y, googlez.

*Enrique Cabeza, directeur créatif, a détaillé toutes ses influences lors d’une conférence à l’Académie des Beaux Arts de Madrid, rapportée ici par le site vandal.elespanol.com

Si Blasphemous est exigeant voire brutal aux premiers abords, on entrevoit assez vite “qu’il y a moyen” face à un boss, au bout d’un nombre de tentatives qui reste raisonnable. On insiste pour une raison principale : continuer à satisfaire notre curiosité (morbide). Après avoir croisé un cardinal sur échasse, on a forcément envie d’aller vérifier si le boss de fin n’est pas un cerbère composé de Benoît XVI et François au volant d’une papamobile folle.

L’inspiration unique de Blasphemous et ses mécaniques de combat bien huilées font passer outre son côté brutal, comme la promesse du paradis fait oublier aux ouailles dévouées les tourments de la vie d’ici-bas. Il paraît qu’on goûtera tous à l’enfer, voilà une très divertissante manière de s’y préparer !

Blasphemous
Développeur : The Game Kitchen (Espagne)
Éditeur : Team 17
25€ sur PC , Switch, Xbox et PS4

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