A Place For The Unwilling

Le temps est assassin et emporte avec lui les rires des PNJ

La dernière fois que Jacky a vu Henry, c’était dans l’orphelinat qui a scellé leur amitié. Adoptés l’un après l’autre, perdus de vue, Jacky reçoit 15 ans après une curieuse missive. Dans ce qui s’avère être un faire-part de suicide, Henry l’implore de venir en ville prendre littéralement sa place, s’occuper de son business et protéger sa veuve. La vie rêvée d’un coucou, vous dites ? Pas sûr.

A Place For The Unwilling est une aventure en vue isométrique assez proche du sol. Ce dernier est tantôt reluisant ou crotté, selon qu’on arpente les rues des beaux quartiers ou des taudis maudits de ce qui ressemble à une Londres des années 20. Raie au milieu et veste en tweed, notre héro arpente librement ses très beaux décors dessinés. Comme nous l’indique la montre à gousset du HUD, notre ingénu aura peu le temps de contempler l’architecture. Le jeu, découpé en 21 jours, chronomètre chaque journée. De 8h à 20h, il faudra se débattre pour accomplir des quêtes, obligatoires ou facultatives et plus ou moins influente sur l’inéluctable issue.

C’est la folie à London. Notre premier événement mondain en ville est la petite sauterie qu’organise en notre honneur la veuve d’Henry, alors que la terre sur la tombe de ce dernier est encore fraîche. Un événement un peu indécent donc, en guise d’introduction dans la société très stratifiée des années folles. Des notes viennent chaque matin s’ajouter au journal de bord et orienter nos pérégrinations. Ça commence avec le maire, le journaliste, le libraire, l’épicière, le chef du Rotary Club local. Bientôt, il faudra aller salir ses chaussures sur les bas-côtés des quartiers Nord, apparemment plus irrigués par l’alcool frelaté que par l’argent publique. En même temps que notre premier rêve halluciné de notre ami mort surviennent les premiers meurtres en ville. Une obscure mythologie s’invite alors, et dilue petit à petit le réalisme.

Pas le temps pour les regrets. Le début du jeu est un peu confus, avant que l’on comprenne la nécessité de se limiter dans ses choix. Il est impossible de découvrir toutes les petites histoires et d’accomplir toutes les sous-quêtes en une seule partie. La limite est temporelle, mais aussi pécuniaire. Certains achievements se résument à financer des projets pour différentes factions de la ville (la propagande de la CGT, la rénovation d’une église…), et même en spéculant au mieux en revendant à un commerçant ce que vous aurez acheté à un autre*, impossible de jouer au Bill Gates bienfaisant avec tous le monde. Une bride pour le coup assez artificielle.

*Il faut acheter moins cher que vous ne revendez. Pour d’autres conseils business rdv sur richerfaster3000.com 35€/mois, premier mois gratuit.

Si le jeu semble regorger de petits secrets, on ne lève pas le voile à coup d’énigme et de déductions habiles. Malgré le style vestimentaire du protagoniste tout droit sorti de Braid, A Place For The Unwilling est avant tout un jeu narratif. Une histoire qui jouit d’une bonne impression de foisonnement grâce au soin apporté à l’écriture des personnages, à l’intensité renforcée par la course contre la montre. Bien que cette mécanique puisse s’avérer frustrante, parfois injuste, lorsque le jeu nous abandonne un peu trop à notre sort et que les minute s’écoulent alors dans des errances peu productives.

A Place For The Unwilling recèle juste assez de beauté et de mystère pour nous garder la tête dans la brume et le charbon une dizaine d’heures. Les efforts d’écriture concentrés sur un casting somme toute réduit donne du gras à chaque personnage. L’ambiance réaliste-magique accouche d’un cross-over inattendu pour les fans d’Harry Potter et Peaky Blinders.

A Place for The Unwilling
Développeur et Éditeur : ALPixel Games (Espagne)
15€ sur Steam

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