Workers and Resources : Soviet Republic

Soviet qui peut

En lisant Tintin, on apprend beaucoup de choses sur les cultures humaines du monde*. Mais il y a un pays sur lequel la rigueur historique d’Hergé est prise en défaut : celui des soviets. Il fallait compter sur un jeu vidéo pour rétablir la vérité. Non, les usines soviétiques n’étaient pas des façades en trompe l’œil derrière lesquelles on brûlait de la paille. L’essor économique était bien réel. Dire le contraire, c’est insulter des milliers de mineurs de fond. Hergé escroc.

*les japonais aiment couper des têtes, les professeurs allemands sont méchants, et les noirs africains de grands enfants.

La petite maison dans l’Albanie. Workers and Resources : Soviet Republic est un jeu de gestion où il faut transformer un patelin du bloc de l’Est en puissance industrielle internationale, entre les années 60 et 90. L’ambition de 3DIVISION est immense comme un rêve rouge, puisque le studio Slovaque nous donne le contrôle sur tout, des investissements colossaux à la gestion des bus scolaires. Une nouvelle partie offre un paysage idyllique fait de mornes plaines et de reliefs boisés. Rassurez-vous, il est possible de très rapidement égayer la tristesse pathétique de Dame Nature en étalant du goudron au kilomètre.

Kolkhoze à la cool. En effet, le jeu est accueillant au sens où l’on a accès dès le départ à un grand nombre de bâtiments. Même si seuls les vrais amoureux du béton goûteront aux différences subtiles entre les multiples gammes de dortoirs. Pour l’accueil didacticiel, en revanche, il faudra repasser. Par où commencer, donc, largué sur cette terre vierge sans directives ? Le sens commun devrait vous guider vers la fée électricité, et donc vers son cousin : le démon du charbon. 

T’as le look Co2 Construire une mine, donc. Et juste à côté, une centrale pour produire du courant. Rien ne se passe ? C’est normal, on est pas dans Tropico. Reprenons. La mine, d’accord, mais n’oubliez pas d’y joindre un entrepôt, puis un quai de chargement routier à ce dernier. Ces bâtiments, il faut les lier par un réseau de convoyeurs (des tapis roulants). Avant la centrale, il faut transformer le charbon, et donc bâtir une usine de traitement, avec son quai de déchargement pour accueillir le charbon brut, et ses convoyeurs. 

Dans ce triptyque magique de l’énergie de demain (mine-traitement-centrale), on organise ensuite manuellement le ballet des camions-bennes, en indiquant à chaque véhicule où il doit charger/décharger. Bien évidemment, il faut aussi organiser la danse des bus pour acheminer l’armée noire depuis ses tours de ciment jusqu’à des arrêts proches des lieux de travail. Après tout ce bordel, jamais un jeu vidéo n’a rendu aussi fier de voir les premières fenêtre allumées dans la nuit.

RDV en RDA. Si WRSR applique le même souci de la logistique pour absolument tous les cycles de productions (agriculture, réseau électrique, industrie textile), il y est aussi question d’hommes et de femmes. Les habitants affichent autant de points de contrôle qu’une révision chez Speedy : faim, loisirs, éducation, sport, foi, shopping, alcoolisme…Les braves camarades, qui grouillent vite par centaines, sont de vraies bêtes de labeur pas du genre à se plaindre. Malgré de nombreuses jauges dans le rouge (en mode normal), aucun émeute n’a été à déplorer. On peut blâmer la clémence de l’IA, ou louer la vertu de la famine qui tient le peuple loin des basses aspirations sociales.

Au niveau des échanges commerciaux, on apprend à faire sienne la devise du Parti Communiste Chinois : le capitalisme d’état, c’est du communisme. On bénéficie ainsi du meilleur des deux systèmes : la main sur toutes les affaires en interne ET les remorques de devises de nos voisins occidentaux friands de ce charbon bon marché. Par camion ou train, il suffit d’acheminer les ressources à un poste de douane frontalier pour réaliser simplement des transactions. Les cours des marchandises fluctuent, et il est parfois plus bénéfique de vendre à un côté plutôt qu’un autre, en roubles ou en dollars. « C’est pas la guerre froide qui va nous empêcher de faire des gros sous », comme on disait à l’époque dans les couloirs du Politburo.

WRSR est un diamant – ou plutôt un minerai de charbon – encore brut de décoffrage. L’interface manque d’indications explicites et peut très légitimement échauder les moins téméraires. Quand on insiste, on découvre heure après heure un jeu aux mécaniques pensées avec soin par des gens sérieux. S’ils apportent autant de soin au peaufinage visuel, à la clarté des informations et à l’enrichissement du contenu, on tiendra là un grand jeu de gestion. En attendant, les amateurs du genre peuvent déjà s’y jeter sans frustration, les yeux fermés pleins d’étoiles rouges.

Workers and Resources : Soviet Republic
Développeur / Éditeur : 3DIVISION (Slovaquie)
En early access depuis mars 2019
22€ Steam

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