Outer Wilds

Houston, on a un chef-d’œuvre.

Il fait 27° dans les locaux de La Gazette, la clim c’est pour les fiottes. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai fini Outer Wilds. Enfin pas exactement, mais il ne me reste qu’une chose à faire qui, j’en suis sûr, me mènera à la conclusion. Je choisis de prendre la plume de mes mains moites maintenant, avant que la magie ne s’arrête puis ne s’estompe, sur le fil de cette épiphanie magnifique. Si je me trompe j’aurais l’air d’un con, mais vous n’en saurez rien.

Comme il va être dur de parler d’Outer Wild sans en gâcher ne serait-ce qu’une poussière d’étoile ! Voilà cependant un beau défi pour qui est doué d’un talent illimité pour l’écriture. Camarade spationaute, lis en paix et ne craint pas les spoilers. Nous incarnons donc un alien qui vit sur une planète qui – n’en déplaise au pape – tourne autour du soleil et pas l’inverse. Notre civilisation d’êtres bipèdes multi-oeils (poly-yeux?) découvre tout juste le voyage spatial. Notre avatar, avec sa fusée en contreplaqué, fait partie des premiers à percer les cieux pour explorer les astres. Dans ces balbutiements aérospatiaux, une découverte concentre toute l’attention : une civilisation, les Nomaïs, nous a précédé dans cette galaxie. Pourquoi s’est-t-elle éteinte ? Suis-je seul à remarquer que le temps tourne en boucles de 22 minutes ?

Simple, cosmique. Voilà pour l’histoire. Mais alors, que faire ? Suivre les indications de planète en planète en résolvant des énigmes ? Débloquer de nouveaux lieux grâce à de nouvelles compétences ? Rien de tout ça. On enfile notre combinaison, on démarre notre navette rudimentaire, et on met les gaz vers où l’on veut. Toute les 22 minutes (moins si on meurt, hein), on se réveille à nouveau devant le feu de camp de départ. C’est si simple qu’on en pleurerait. En guise d’équipement, on compte seulement trois objets. Un traceur qui capte des fréquences à travers la galaxie, un lanceur de drones avec caméra, et un traducteur pour les courbes élégantes des nombreux textes millénaires.

Diego, libre dans sa quête. À la relative confusion du début (par où je commence?) se marie l’exaltation de partir à l’assaut du cosmos avec son Bic et son couteau*. Le pragmatique soucieux de se réserver des découvertes le plus longtemps possible peut décider de faire un premier saut sur chaque planète, de la plus proche à la plus lointaine. Le fin limier écumera tous le village de départ à la recherche d’indices pour orienter sa quête. Le joyeux drille partira bille en tête pour faire son premier atterrissage raté sur une planète au hasard.

*Si vous venez ici pour lire des vulgarités sachez que nous ne mangeons pas de ce pain là.

J’ai demandé à la lune, mais non, rien. Ce qui est beau, mon ami (je peux t’appeler mon ami ?), c’est que tous ces gus auront exactement les mêmes chances de percer les mystères du monde. C’est quand on réalise cela qu’Outer Wilds devient génial. Dans la vraie vie (la triste, où il faut travailler, beuark), on nous apprend tôt que tous les chemins mènent à Rome, puis au cimetière. Dans Outer Wilds, ils mènent tous à la délicieuse incertitude de chaque escapade, sans barrières ni rampes de sécurités. Si vous avez la patience d’une gerbille sous Guronsan et que le côté répétitif vous fait peur, notez que l’échelle réduite de la galaxie rend les trajets en navette très courts.

Mourir 1000 fois. Par contre, ami romantique séduit par cette solitude face au vide sidéral, je dois te prévenir : tu vas crever beaucoup de fois. Parfois bêtement, mais toujours salement. Nous ne sommes (Dieu merci) pas dans un The Witness qui se passerait sur plusieurs planètes. Ici l’intrigue réside dans la narration (sans aucune cinématique) et le lore qu’on récolte au prix d’expéditions parfois assez délicates, dans des environnement foisonnants. Hors de ces sessions d’aventure pure, nous n’avons besoin que de deux choses : le journal de bord du vaisseau (qui résume nos découvertes sur les différents lieux) et notre cerveau. Et aucun puzzle triste ne vient gâcher le plaisir.

Outer Wilds contient une certaine dose de difficulté. Si la chance fait indéniablement partie du voyage, elle ne peut suffire à dénouer l’intrigue. Petit à petit, on calme nos ardeurs exploratrices pour étudier plus sagement les éléments, écouter plus longuement un PNJ. Et en cas de panne sèche, on peut toujours compter sur le journal de bord pour nous indiquer les endroits où il reste des choses à découvrir. Simplement suivre son instinct dans un lieu louche peut porter ses fruits.

22 minutes later. Ce qui fascine particulièrement, c’est que le monde ne change pas d’un iota au fil des boucles de 22 minutes (si vous mourrez avant, moins). Les planètes tournent au même rythme, les mêmes événements se déclenchent au même moment. Comprenez par là que le jeu est, théoriquement,  finissable dès la première session. À condition évidemment de faire montre d’une quasi omniscience (et d’une chance de cornu) pour enchaîner dans l’ordre optimal les découvertes décisives.

Interstellart. Du début à la fin, chaque décollage vient avec l’espoir de nouvelles découvertes. Jusqu’à faire tourner l’aventure à l’obsession. Est-ce grâce à ces planètes visuellement sobres qui cachent bien leur jeu ? Son sens du détail dans la narration, et les efforts à déployer pour collecter chaque morceau d’histoire ? Le fait d’être totalement libre de nos mouvements rend la soif de découverte (et la frustration) encore plus grande. “Naaan, sans déc’ ?”, c’est ce qui résonne dans notre scaphandre à de nombreuses reprises.

À notre rythme, nous comblons le vide autour de l’énigme du destin d’un peuple. Certains auront foncé au but, d’autres auront longtemps toutes les pièces en main sans pour autant parvenir à les articuler. Il existe autant d’Outer Wilds que de joueurs. Si c’est une expérience à vivre dans la solitude, on a hâte d’en voir le bout pour comparer notre voyage avec d’autres humains. Quoi de plus fédérateur que la fin du monde ?

Nul doute qu’Outer Wilds est déjà sur la liste des GOTY de tous les bons journalistes qui l’ont eu entre les mains. À la Gazette nous n’avons pas de carte de presse, et ne sommes donc pas de vrais journalistes. C’est con, on l’aurait bien mis sur notre liste aussi. 

Outer Wilds
Développeur : Mobius Digital Games (USA)
Éditeur : Annapurna Interactive (
Autour de 25€

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