Void Bastards

Ordures en orbite

Looter, c’est un métier. Mourir, aussi. Deux leçons que les joueurs de Borderlands et Faster Than Light connaissent. Si vous venez faire traîner vos yeux injectés de sang ici (non vraiment, il faut prendre l’air un peu), c’est parce que vous avez aimé ces deux jeux. Ou au moins un. Sinon, faites semblant, au moins par pitié pour cette intro bâclée. Merci pour elle.

Void Bastards est donc un roguelike spatial. Le Void Ark, vaisseau-prison en dérive, est perdu dans la nébuleuse des Sargasses. Les prisonniers y sont littéralement séchés, et purgent leur peine sous forme de poudre façon Nesquik. À retenir pour le prochain parloir, quand vous entendrez tonton se plaindre une énième fois de ses conditions de détention. L’intelligence artificielle qui gère l’endroit réhydrate tour à tour ces pauvres âmes, qu’elle envoie parcourir la galaxie à bord d’une minuscule capsule de secours. Leur mission est de retrouver diverses pièces mécaniques (voire organiques), pour bricoler des appareils censés nous aider à quitter cette nébuleuse-décharge. Ces troufions du néant tantôt daltoniens, nains ou parano, c’est nous.

Plein d'informations vous guident dans votre choix d'aborder ou non : ennemis en présence, contenu des placards ou éléments environnementaux spéciaux (radioactivité, tâche d'huile glissantes, câbles dénudés...)

Void Bastards est le second jeu du studio Australien Blue Manchu, qui a accouché d’un RPG free-to-play en 2015 (Card Hunter). Son chef, Jonathan Chey, est un ancien employé de Looking Glass (System Shock, Ultima Underworld) et le cofondateur d’Irrational Games (Bioshock).

Sur la map de la galaxie, on va de point en point en gérant le carburant et la nourriture, suivant la flèche qui indique l’emplacement de la prochaine breloque indispensable. Ces points, ce sont le plus souvent des vaisseaux en perdition, où errent des habitants auxquels les radiations ont bien daigné donner autre chose qu’un banal cancer de la thyroïde. À chaque étape, on choisit entre aborder l’épave, tracer sa route ou faire une pause casse-croûte. Bien souvent, c’est le stock de sandwichs fromage-oignon ou de jerricans d’essence qui décide quand une sortie pillage s’impose. Mais le jeu propose d’autres raisons de risquer notre vie.

Les couilles, c’est la poubelles jaune. Le moment est donc venu de parler de loot avec un grand L. Void Bastard étale un arbre assez fourni de confection d’armes et d’ustensiles de survie. Tel un éboueur de l’espace, on amasse pour ce faire deux types de camelote bien distinct. Ce qu’on appellera d’abord ici le “tout venant” : stylo, lunettes, cintres, rates et autres organes (parfois intimes). Viennent ensuite les pièces à part entière, trouvables telles quelles, ou craftables en utilisant les ordures de moindre facture mentionnées plus haut. Vous suivez, mes petits ferrailleurs spatiaux ? Alors à vos gants, et attention aux seringues.

Très vite, une technologie spéciale permet de localiser les pièces convoitées, en affichant leur localisation sur la carte en plus des objectifs de missions. C’est là que le jeu attrape le chasseur de trésor en nous. Avant de continuer à suivre les ordres de l’ordinateur de bord, on peut choisir de partir à la recherche d’un inhalateur indispensable pour upgrader notre agrafeuse, d’un matelas qui deviendra protection pare-balle. On peut assembler en tout une bonne quarantaine d’objets, pour la plupart améliorables via encore plus de craft. Si l’arsenal s’étoffe, les types d’ennemis, eux, beaucoup moins. L’impression pointe de partir chasser de simples perdrix avec une remorque d’armes toujours plus sophistiquées. C’est sympa comme un dimanche avec papy, mais aussi frustrant. On y reviendra.

J’Angoulême ton style, bédé. D’abord, quelques mots sur ce style graphique d’enfer qui flatte vos yeux (qui sont vraiment rouges, pensez à cligner). Le ton est donné dès le menu principale, en forme de couverture de comics à 1$ tout beau tout lisse, juste sorti du kiosque. Je n’ai personnellement jamais vu cel-shading avec un rendu aussi “fin”, mes deux points de comparaison étant XIII sur PS2 et Bordelands. Les onomatopées sont de la partie, des “tap tap tap” des pas au sacro-saint “KBOOM”, elles sont de précieux indices pour anticiper quel type d’ennemi évolue dans la pièce d’à côté. Jamais l’impression de visiter un album n’aura été aussi bien rendue. On débloque une nouvelle arme autant pour admirer son design que pour son utilité effective. En passant, l’univers space-opera un peu cradingue fait penser à Infinity 8, la série de BD chapeautée par Lewis Trondheim depuis 2017. Avec un univers moins riche.

Void Bastards a en effet deux faiblesses. La première, la moins rédhibitoire, est son manque de foisonnement. Pas au niveau du craft, vous l’aurez compris, mais dans la composition de ses environnements et de sa faune. Les ennemis ne sont pas très variés, et quand ils évoluent c’est simplement pour agrandir leur barre de vie, sans mutations physiques palpables (bien qu’on ait jamais vraiment envie de les palper). Idem pour les différents types de vaisseaux, qu’on connaît vite par cœur (le paquebot de croisière, l’hôpital, le centre de drones, le convoyeur…). Évidemment, qu’on les connaisse, c’est le but si on veut intérioriser les bons coins à loot. Mais quelques variations d’ambiances, même cosmétiques, auraient été bienvenues pour récompenser les fouineurs.

Le second point sur lequel le jeu risque de perdre une partie de ses ouailles, c’est le shoot. Vendu comme un FPS, Void Bastards décevra les énervés du panpan par ses fusillades momolles. Il s’agit bien plus de vider des sacs de PV que de faire parler le skill pure : vous pouvez ranger votre souris à 130€ et la Redbull*. Pour ce qui est des sensations, j’en avais bien plus en tirant au fusil dans XIII. Ici, difficile manette en main de faire la différence entre une décharge dans de la chair suintante ou dans le métal d’un tourelle. Un manque d’effets aggravé par des ennemis en 2D qui lévitent à 30cm du sol, sans vaciller sous les rafales. Comme des panneaux dans un stand de tir.

*Jetez la Redbull

Le Chatbot, votre compagnon pour la diversion.

Ce manque de feed-back meurtrier peut chagriner. Le jeu a survendu son côté FPS pur, alors que dans les faits il valorise bien plus la capacité à esquiver les ennuis qu’à les annihiler. Les munitions doivent être économisées, et abattre un boss (un simple ennemi plus fort que les autres) n’octroie aucune récompense spéciale. Au début, on entreprend de tout nettoyer sur notre passage, jusqu’au butin. Que voulez-vous, les vieux réflexes ont la vie dure. Bien vite, on réalise qu’il est bien plus productif de condamner des portes et de sprinter façon cambriolage express à travers les couloirs en dégommant les caméras de surveillance.

Pourvu que les secondes soient des heures. Ce filoutage est prévu par le jeu, qui prend un malin plaisir à vous forcer à explorer des pièces situées dans différentes ailes des vaisseaux. Pour ouvrir et surtout fermer les portes (geste vital n’oubliez pas les enfants), il faudra parfois remettre le courant. La fée électricité est également votre amis pour faire fonctionner le générateur d’oxygène, et prolonger votre précieux temps d’exploration de quelques minutes. Mais attention, elle alimente aussi l’éventuel arsenal de sécurité du vaisseau, qu’on désactive temporairement…dans une autre pièce. Le sel du jeu est là, dans ces choix entre l’intrusion-éclair (le temps de piller la cantine) et la visite en profondeur de chaque chambrette pour retourner le moindre tiroir. On se sent rusé comme un renard quand on parvient à s’extraire sain et sauf d’un navire, tel Balkany d’une mairie, la besace pleine.

Le mélange des genres opéré par Void Bastards laisse donc bien plus de place à la gestion temporelle et tactique qu’aux fusillades sous ecstasy. Si vous pouvez faire le deuil de ceci, vous profiterez d’une écriture lunaire, drôle et sombre, qui se fout parfois ouvertement de votre tronche de joueur. Avec un contenu plus étoffé, on pourrait s’y perdre plus longuement avec plaisir. En l’état, le jeu donne une douzaine d’heures de pillage tactique la bave aux lèvres et les yeux écarquillés, et c’est bon !

Void Bastards
Développeur : Blue Manchu
Éditeur : Humble Bundle
30€

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