American Fugitive

La fuite dans les idées

Liberty City, 2002. A l’époque, on savait rigoler. On pouvait rouler sur 3 piétons d’affilée sans être inquiété. Au pire, on chopait une étoile et on allait faire un tour en motocross Sanchez sur Ocean Beach, le temps que ça passe.
Redrock, 2019. Aujourd’hui, impossible de commettre la moindre infraction sans voir son indice de recherche augmenter. Au moindre lampadaire emboutis, la police arrive.
Le jeu vidéo ne semble plus vouloir accueillir impunément notre violence bon enfant.

Il ne restera bientôt plus de refuge aux joueurs trop couards pour se faire CRS.

Dans American Fugitive, nous incarnons William Riley, petit voleur de Redrock, emprisonné à tort pour le meurtre de son père. C’est en tenu orange, fraîchement évadé, que débute notre recherche du vrai coupable. Dans une logique de réinsertion par le travail et dans la pure tradition GTAienne, Will va se mettre au service de la moitié des criminels de la ville. Le frontière entre l’hommage et la parodie est parfois mince, tant les développeurs semblent avoir pris un malin plaisir à reproduire chaque poncif de la série modèle. Pour le meilleur et pour le pire, ils se sont fait plaisir, les bougres. Les quêtes et personnages sont donc balancés à la pelle de chantier, et on enchaîne les sales besognes sans trop se demander mais, où, et, donc, Babacar.
Toute la panoplie à laquelle vous pensez est là, des braquages aux missions en Fenwick sur les docks.

Balance ascendant poucave
Le système d’indice de recherche possède quelques subtilités. Déjà, ceux qui apprécient démolir le mobilier urbain sans sortir de chez eux en seront pour leurs frais. Si vous éclatez planche par planche la barrière d’un jardinet à grands coups de pare-buffle, on vous poursuivra pour “dégâts matériels”. Le moindre trajet peut vite dégénérer en fusillade, quand la police ouvrira le feu pour venger ce lampadaire arrogant.
Idem pour les automobilistes, qui nous dénoncent souvent à la moindre éraflure. Je n’exagère pas.
Mention spéciale pour le délit de violation de propriété, qui tombe dès qu’un propriétaire nous voit traîner sur son carré de pelouse, trop proche sans doute de la balançoire des gosses. Heureusement, d’autres mécaniques viennent alléger ce qu’il faut bien appeler une dictature.

J’y ai filé une châtaigne, m’a filé son blouson
American Fugitive a moins vocation aux tueries de masse que ses ainés spirituels. Avec quelques guillemets, il est plus porté sur la furtivité. L’indice de recherche du véhicule et des vêtements de Will sont indépendants. Par exemple, changer de tenue loin des regards vous rendra blanc comme neige (même si vous enfilez une robe alors que Will est un vaillant barbu roux). Mais si vous remonter aussitôt dans le pick-up rouge à bord duquel on vous poursuivait, les cinq étoiles repopent aussitôt. A l’inverse, si les roussins n’ont que votre signalement vestimentaire, se faufiler sans être vu dans une voiture est une planque sûre. Dans tous les cas, il reste possible d’assommer promptement un témoin isolé avant qu’il ne donne l’alerte.
Pour tout le reste : il y a le Pay’n’Spray. Heu pardon, Pay’n’Fix.

Doigts de fée et pied de biche
L’autre différence avec un pur GTA-like est la pratique de la cambriole en toute liberté, justifiée par la vocation première du personnage. Partout sur la map, il est possible de se glisser dans n’importe quel bâtiment selon deux approches. Simplement forcer une porte ou fenêtre donnera l’alerte, et vous aurez un temps limité pour retourner les tiroirs avant l’arrivée de la police. En revanche, si le propriétaire traîne dans le jardin, l’assommer et le fouiller donne parfois accès aux clés, pour une exploration paisible et complète des lieux (et donc un butin plus important). Il arrive d’être pris la main dans le coffre fort par un habitant, un jeté de dés tranche alors l’issue, selon nos armes et niveaux de compétences. Soit on saucissonne l’intrus, soit il nous éjecte sur le pas de la porte, la police aux trousses. Avec les bons outils, il est possible de cambrioler tout un pâté de maison d’affilée. Direction ensuite le prêteur sur gage pour écouler ce dont vous aurez délesté les bourgeois du coin.

Freeze motherfucker
Les environnement sont soignés, avec pas mal de petits recoins pour contenter les GTA-natives. C’est peut-être un détail pour vous, mais la quasi totalité des barrières, clôtures, murets et palissades sont destructibles. Le titre, qui se clame hommage aux eighties, sert là sa meilleure référence à une époque où les ruelles des séries télé étaient pleines de cartons et poubelles, qui n’attendaient qu’à se faire bousculer par un trafiquant de drogue en fuite. Comptez 6-8h pour débloquer les trois îles qui composent la map, ensuite le jeu durera selon votre degré de nostalgie des quêtes GTA à l’ancienne. Votre tolérance à la répétitivité sera également cruciale, surtout avec une bande son aussi chiche.

Comme son protagoniste principal, American Fugitive remplit son contrat, fait parler la poudre sans la réinventer. Un bon hommage enrichi de quelques mécanique bienvenues, qui garde intacte une histoire simpliste. Le jeune studio Fallen Tree donne aux nostalgiques des GTA-like ce qu’ils veulent, dans un bel écrin graphique. À 20€, ils devraient être nombreux à foncer au volant de savonnettes hautement inflammables.

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