A Plague Tale : Innocence

Allo maman, bubon.

Sur un siècle, on estime que la peste noire a fait diminuer de 40% la population française. Comme ça n’allait pas assez vite, les nantis décidèrent de faire des guerres par-dessus ça. Attiré par cette époque bénie, Asobo Studio nous y fait incarner une jeune fille et son petit frère, livrés à eux-mêmes le long des caniveaux nauséabonds, pourchassés par des cardinaux fanatiques.
Et vous, ça va ?

A Plague Tale prend pour décor le royaume de France sous Philippe VI, alors en pleine bisbille avec Édouard III d’Angleterre. Nos deux aristocrates ne le savent pas, mais ils sont au début de ce qu’on appelle aujourd’hui la Guerre de Cent Ans. Pour ne rien arranger pour le petit peuple, la peste noire ravage l’Europe. Dans ce paysage, une obscure inquisition pénètre dans le domaine de la famille De Rune. Contrainte de fuir avec son petit frère Hugo, Amicia va comprendre petit à petit les raisons de cette chasse. Et l’histoire va vite prendre des tournures fantastiques.

Par respect pour votre propre découverte du jeu, toute les captures sont issues du début et aucun moment choc n’est montré

Le conte traverse des décors médiévaux somptueux qui sentent bon le terroir. Le domaine familial du début baigne dans un automne encore chaud, qui fait craquer les feuilles sous nos chausses de cuir. Cette phrase de poète de terminale L pour vous dire que j’ai passé du temps à regarder les arbres, les pierres vermoulues, les rayons du soleil filtrer à travers les chênes feuillus. Et les granges ! Mon Dieu, les granges !
Le jeu oscille entre l’érotisme du hangar et le véritable étable-porn. Passion personnelle à part, les environnement forestiers et urbains sont saisissants. Mention spéciale aux intérieurs de l’université et de la cathédrale, grandioses. La musique réactive d’Olivier Deriviere nous accompagne partout, et repasse une couche supplémentaire de verni (ou de moisi) sur les environnements.

Prendre un enfant par la main
La majorité du jeu se passe en tandem, la petite pogne chaude d’Hugo dans la nôtre. Oui, comme dans The Last of Us, je peux continuer ? Armée d’une fronde, Amicia peut divertir les gardes ou leur éclater la tempe, mais aussi allumer des feux à distance. Les hordes de rats sont féroces, mais fuient la lumière (comme la peste lol). L’infiltration va donc de paire avec une gestion des espaces éclairés : allumer un brasero, orienter un projecteur, briser la lanterne d’un ennemi encerclé. De nouvelles mécaniques arrivent tout au long du jeu, notamment via l’alchimie et de nouveaux types de projectiles. Cependant, l’infiltration n’est pas sa force. C’est juste une façon parmi d’autres de tourner les pages du récit dans une certaine tension, point.
Si l’œuvre s’étendait au-delà des 10-12h, la répétition due au manque de challenge aurait pu lui nuire. Louons donc la sagesse d’Asobo sur ce point, et les moyens limités qui auront poussé l’équipe à se concentrer sur l’essentiel : des personnages attachants dans une ambiance à couper au couteau.

Car à défaut d’une durée de vie ubisoftienne diluée aux 1000 collectibles (même s’il y en a), le studio a mis autre chose dans son jeu : une âme. Je veux dire par là que, tout mâle alpha que je suis, je me suis senti devenir une grande sœur. Les meilleurs moments du jeu sont simples, quand au détour du chemin un commentaire naïf d’Hugo vient trancher avec la glauquitude des amas de cadavres. Quand Amicia, fille de bonne famille au langage soigné, laisse pour la première fois échapper une insulte, plus explicite que n’importe quelle cinématique grandiloquente. Pour montrer cette candeur de l’enfance face à un monde adulte perverti, les créateurs ont été puiser dans les contes de Perrault et Grimm. Avec quand même beaucoup plus de pendus et de cadavres en putréfaction que dans Blanche-Neige. A côté de la peste telle qu’elle est montrée ici, les rues infestées de Dishonored ressemblent au royaume des Télétubbies.

Les bordelais d’Asobo Studio ont été sollicités pour de nombreuses adaptations Disney ou Pixar, et connus surtout à travers la licence The Crew.  Avec A Plague Tale : Innocence, ils montrent leurs muscles, et surtout leur cœur, avec succès. La récompense de la sincérité, sans nul doute.
On leur souhaite de vivre heureux, et d’avoir beaucoup d’autres enfants.

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