Heaven’s Vault

Hier, aux glyphes…

Heaven's Vault

J’ai du mal à rentrer dedans”, dit-on parfois d’un livre, dans la plupart des cas. Pour un pavé de littérature fantastique, cette phase de doute correspond souvent à l’établissement de l’univers et de la dizaine de personnages. On fait des va-et-vient dans les pages, on confond les noms, les enjeux sont encore flous. Puis, subrepticement, l’œuvre nous saisit par le cou et nous maintient la tête dans les lignes. Les heures passent sous nos yeux avides de découvertes et, même lorsque le sommeil nous arrache à notre quête, on ne rêve plus que d’elle. Ça y est, on est dedans.

Aliya Elasra est une jeune archéologue. Myari, sa mère adoptive et mentor scientifique, lui demande un jour de l’aider à retrouver la trace de Renba. Le roboticien a disparu alors qu’il suivait les traces d’une prophétie légendaire. Ainsi commence la quête d’Aliya, accompagnée de Six, un robot de l’ancien monde fraîchement déterré. Ce qui débute comme une enquête de voisinage va progressivement se transformer en épopée aux confins de la Nébuleuse, sorte de galaxie où des fleuves aériens relient entre elles des lunes porteuses de sites sacrés, de jungles, de déserts ou de villes bien vivantes.

Le jeu n’est pour l’instant pas disponible en français.
Les sous-titres anglais nécessitent un certain niveau dans la langue de Thatcher.

En analysant ruines et artefacts, Aliya débloque d’autres zones en rapport avec les différentes trames qui se dessinent. L’exploration et les choix se font de manière très organique, voire même à notre insu, si l’on n’y prête pas attention. Vous pensez que localiser cette ancienne carrière vous mènera plus vite vers la fin de la quête principale? Soit, allez-y. À moins que vous ne jugiez utile d’aller prendre des nouvelles de votre amie d’enfance, dont la passion pour le ferraillage d’antiquités pourrait vous être utile.

Veille-sur ton vocabulaire
L’exploration se fait à deux niveaux. Dans la Nébuleuse, via la carte qui affiche les lunes accessibles à notre voilier volant. Viennent alors des phases de conduite poétiques mais peu palpitantes. Une fois aluni, on explore à la troisième personne des environnements de taille moyenne, au gré des “Ho une trappe” et autres “Mmmh, je connais cette statue”. La traduction des mots anciens inscrits un peu partout occupe une place importante dans ces randonnées scientifiques officieuses. Petit à petit, on élargit notre vocabulaire en piochant les traductions de nouveaux mots parmi plusieurs choix.

Fort Alamots
Le langage est habilement conçu, de manière à grandement privilégier l’étude du contexte et du corpus déjà découvert à la traditionnelle chance du cocu. Par exemple : “Tiens, dans ce long mot je retrouve le signe pour “jardin” et “mort”. À tous les coups on s’apprête à entrer dans un cimetière”. On remplit notre dictionnaire d’abord avec des suppositions (“Ce symbole = Feux?”), dont Aliya validera (ou pas) le sens au bout de plusieurs utilisations correctes. Au fil de l’histoire, certaines phrases seront tout simplement hors de votre portée si – tel un député FN –  vous n’avez pas pris le temps de vous construire un vocabulaire assez riche. Le sel du jeu réside dans la bonne compréhension de son univers plus que dans l’atteinte d’une fin.

Telltale n’est pas mon choix
Heaven’s Vault n’est donc pas un simple Point-N-Click par tableaux, ni un jeu narratif linéaire aux grosses ficelles mécaniques à la Telltale. Ici, point de “Jean-Jacques se souviendra de ceci” et encore moins de “Cette action aura des conséquences…”. La narration s’articule partout. Une découverte majeure peut surgir d’un banal taillage de bout de gras (facultatif) avec notre acolyte robotique pendant un trajet, en s’obstinant à fouiner à un endroit à priori vide, en décidant de s’intéresser à une babiole en particulier…

Tous ces micro-choix discrets donnent la sensation d’être dans un genre d’open-world narratif plus que dans des couloirs. L’univers est riche, les paysages variés, et le jeu nous confronte subtilement à des thèmes aussi légers que la colonisation, l’esclavage, ou la place de l’intelligence artificielle. Il est possible de boucler l’histoire principale en moins de quinze heures, sans pour autant avoir tout découvert. Un mode NG+ permet au plus enivré des linguistes en herbe de recommencer l’histoire avec son capital de mots déjà traduits, pour aller explorer d’autre fins, voire découvrir des lieux inexplorés.

Heaven’s Vault est un trésor de narration minutieuse, qui ne tire jamais le joueur par la manche, sublimé par des musiques tout simplement magnifiques. Même la voix de l’héroïne (la seule du titre) flatte les tympans de mots imaginaires, prononcés avec le feu de la passion. Le couple formé par cette exploratrice solitaire, distante, et un robot (qui donne du “maîtresse” à chaque phrase) donne lieu à des dialogues existentiels aussi drôles que touchants, qui parviennent à sauver de justesse les phases les moins passionnantes (les trajets en mode GPS dans les cieux).
Moi, je sais que je vais rêver de motifs gravés encore quelques nuits. Et réécouter la B.O en pensant à ce monde morcelé que j’ai laissé derrière moi.

Heaven’s Vault
Développeur / Éditeur : Inkle
22€, démo gratuite disponible

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