Sigma Theory : Global Cold War

OSS sans risette

En 2029, une vague d’innovations scientifiques majeures mènent les grandes puissances mondiales à ressortir les espions comme en 1960. En tant que chef du contre-espionnage, on porte sur nos épaules le rayonnement de la France de Jacques Cheminade dans tous les secteurs. Entre diplomatie et barbouzeries, il s’agit de gagner la course au progrès et de “convaincre” un maximum de sommités du monde scientifique de travailler sous notre drapeau. Voici pour les grandes lignes, déjà séduisantes. Mais Sigma Theory : Global Cold War propose plus que des rapts de Marie Curie à l’échelle internationale. Goblinz et Mi-Clos sortent un jeu ambitieux et impitoyable, où les espions sont la chair à canon silencieuse des échauffourées diplomatiques.

Sigma Theory ne se joue qu’à la souris, au tour par tour, sur le planisphère où sont représentées toutes les nations en compétition. On recrute notre équipe de 4 agents en promettant à chacun ce qu’il veut bien entendre, avec plus ou moins de succès. Ils peuvent très bien refuser de travailler pour nous si on ne choisit pas les mots qui collent avec les convictions décelables dans leur biographie. On les envoie ensuite aux quatre coins du monde récolter des informations sur les scientifiques de tous pays, mais aussi sur nos confrères diplomates. Une fois un scientifique localisé en Corée par exemple, on peut pousser les investigations pour en apprendre plus sur sa personnalité et connaître ainsi le meilleur moyen de le faire rejoindre nos rangs. Ces fichiers personnels permettent aussi de choisir quel agent sera le plus à même de réaliser la conversion. Femmes et hommes de sciences sont parfois misandres ou misogynes, lubriques ou non, d’autres aiment l’argent ou sont au contraire incorruptibles. Pour les cas les plus récalcitrants, l’enlèvement pur et simple reste un recours envisageable. Mais un docteur expatrié manu militari ne montrera ensuite que peu d’entrain à la tâche dans nos laboratoires. Cette alchimie entre les traits de caractères de nos agents et ceux des scientifiques est bien fichue, et on aime à se prendre pour un profileur-du-FBI-des-films dès qu’on parvient à user de nos charmes ou à convaincre. En plus des traits spéciaux, nombreux, chaque agent est doté de points d’intelligence et de force. On note très vite la réelle importance de ces facteurs combinés, et on n’hésite plus à ruiner notre empreinte carbone pour envoyer LE bon agent sur LA bonne opération pour maximiser les chances de succès.

Agent 007 (de QI)
Tenter de faire pirater les serveurs du gouvernement américain par un ancien GI décérébré donnera à peu près les mêmes résultats qu’envoyer un jeune hacker japonais de 55kg faire la nique à des commandos moscovites. Avec des dizaines d’agents différents, cette situation caricaturales est bien entendu parsemée de nuances. Le système de score est en accord avec l’esprit de course contre la montre : 15 points mènent à la victoire. Découvrir une technologie avant tous le monde vaut 3 points, seulement 2 si on l’offre à un lobby en échange d’avantages immédiats, et 1 point symbolique pour du retro engineering quand l’ennemi nous a devancé. Peu de points vers la victoire, donc, mais des ennemis très actifs qui n’attendront pas les journées du patrimoine pour s’introduire dans vos murs. Le challenge est bien présent et le tour par tout est très approprié à la réflexion mûrie avant chaque action, notamment pour compter les jours. Si j’envoie Jean-Jacques (ce charmeur) soudoyer une ingénieure à Pékin, il sera absent pendant 8 jours au total. Si je l’autorise à prendre l’avion, seulement 4, mais il arrivera alors sans arme à feu. Ho, il pourra s’en procurer une sur place, mais est-il assez débrouillard pour ne pas alerter les autorités ? J’envoie le drone de surveillance avec lui au cas où ça tourne mal ? Arf non, j’ai déjà promis aux USA de l’envoyer survoler le Yémen dans le cadre d’une guerre juste.

Diplomater l’adversaire
Étoffer l’équipe scientifique ne permet pas seulement de gravir les paliers de la recherche vers la victoire, mais octroie également certains avantages à vos agents, par exemple devenir indétectable ou gagner en manipulation psychique. Il en va évidemment de même pour vos ennemis, dont vous remarquerez vite la progression en voyant vos scientifiques partir vers des contrées où l’argent est plus vert. Au fil des succès, de nouveaux interlocuteurs font leur apparition : les “groupes d’influence” (lobbies) et certains groupes privés (Le Club des 0,001% les plus riches, Daesh et autres humanistes notoires). Assoiffés de savoir et de pognon, ces individus proposent divers échanges aux effets multiples. Ainsi, partager le fruit de vos travaux avec Big Pharma pourra s’avérer bénéfique sur le court terme, mais aussi faire avancer “l’horloge du chaos” vers minuit, heure de la guerre nucléaire totale et du game over.
La force est parfois nécessaire dans le micro-management des agents (pour capturer un espion ennemi, se tirer de certaines situations en mission d’exfiltration), mais il est globalement déconseillé de se la jouer cow-boy du monde au mépris de toutes les relations diplomatiques. Pour ces dernières, un agenda permet la prise libre de rendez-vous avec les représentants de chaque pays. L’intérêt de ces phases de dialogue est de pouvoir jouer un double jeu. D’un côté on négocie pour apaiser les tensions entre nos deux pays, pendant que notre agent profite de cette baisse de vigilance pour aller enlever le Einstein local

Tentative bruyante d’infiltrer un pays, mort d’un agent ennemi lors d’un interrogatoire guantanamoïesque : une goutte d’eau peut remplir la coupe de tension et aller jusqu’à provoquer une guerre ouverte. Cela m’est arrivé entre la France et la Chine : la bataille de Paris a ainsi fait 520 000 victimes parmi les soldats français, 300 000 côté chinois. A croire que malgré les drones et les armes chimiques, l’attachement des hauts officiers à la tradition a fait renouer avec le savoir-faire ancestral des bonnes vieilles charges au clairon. Quand vous aurez fini de vérifier les effectifs actuels de l’armée française sur Google, passez au paragraphe suivant.

Le jeu est parfois un peu confus en l’état, principalement à cause du manque de visibilité sur nos actions et sur les conséquences immédiates de celles-ci. Lors des délicates missions d’exfiltration (des courses-poursuite à choix multiple pour rapatrier un scientifique), impossible de consulter les traits spéciaux et compétences de l’agent sur le terrain. Invisible également lors de ces phases, notre degré d’entente avec telle ou telle nation. Autant d’éléments au centre même des enjeux, pour savoir si l’on va opter ou non pour la force, la ruse…ou s’il est possible de trouver refuge dans telle ou telle ambassade. A moins d’être hypermnésique, on navigue donc souvent à vue dans ces phases cruciales, alors que l’information est bien présente en jeu, mais juste pas consultable sur le moment. Inutile d’égrener les quelques autres aspects frustrants qui sautent aux yeux, mais qui seront très certainement gommé dans le prochain semestre. Déjà très riche, Sigma Theory semble avoir besoin d’être affiné plutôt qu’étoffé. Les fiches de personnages sont nombreuses et variées, avec les vraies gueules d’un dessinateur impliqué dans leurs psychés. Une manière pour les créateurs de susciter l’attachement qu’on pouvait avoir pour nos soldats d’XCom. Sigma Theory est encore un peu jeune en bouche, mais sa maturation rapide dans notre petite cave « cuvées accès anticipé » ne fait pas de doute. Les palais délicats peuvent patienter en jouant à Out There, précédent millésime du studio.

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