A Dark Room

Écrit blanc sur noir

Le Nintendo Switch est le mal absolu. Depuis qu’elle est entrée dans mon foyer, j’y verses des heures de temps que j’avais l’habitude d’abandonner à la lecture. La raison est bassement physique : la posture de jeu permise par le mode portable – à savoir le vautrage sur clic-clac – est identique à celle propice à l’immersion dans un bon bouquin. Et dire que j’ai passé 20h sur Hollow Knight, alors que j’aurais pu lire le dernier Houellebecq ou les mémoires de Philippe de Villiers. Quel gâchis.

Comme un signe divin envoyé du haut des cieux par les anges de l’Académie Française, le compromis est apparu le 12 avril, sur l’e-shop de la Switch. A Dark Room est un jeu d’aventure textuel. En effet et à l’inverse d’Émile, il se prive presque intégralement d’images, et n’invoque que les mots et le son pour stimuler notre imagination. Le jeu se lance, abrupte, et on se réveille donc dans une pièce obscure, sans passé et sans aucune indication sur le monde qui nous entoure. Une femme nous accompagne. Est-elle notre amie, notre amante, une inconnue rencontrée à l’instant ? Cet aspect est laissé à l’interprétation du joueur, comme la majorité du lore du jeu. On commence par allumer un feu, avant de partir à tâtons explorer les quelques menus. Michael Townsend, le créateur, pose un background de désolation assez détaillé pour contextualiser l’aventure, tout en laissant grandes ouvertes les vannes à songerie du joueur. On ne lit jamais de grands paragraphes, et le jeu s’applique à être le plus laconique possible. Pas de grand “Il était une fois” enluminuré, mais seulement la description d’instants du quotidien, d’actions brutes serties d’adjectifs qualificatifs triés sur le volet.

C’est dans ta tête
Dans ce flou artistique, notre cerveau fait sa cuisine d’images mentales, en se nourrissant ça et là de quelques morceaux d’ASCII . A Dark Room est un jeu de rôle beaucoup plus mental que narratif, dans le sens où l’on y effectue aucun grand choix scénaristique pour aiguiller l’histoire. Un tel jeu, qui repose entièrement sur des mots, est d’autant plus susceptible d’être gâché par un rédacteur irréfléchi. Donner ici un retour d’expérience trop personnel, et donc mettre dans l’imaginaire du lecteur des mots issus d’une expérience qui ne sera pas exactement la sienne, serait pire que spoiler. Voilà pourquoi on restera assez bref et large, aussi sachez juste que dans A Dark Room on bâtit des choses, on en récolte d’autres, on farm, on loot, on explore, et on combat même en temps réel. Le stress du manque, le plaisir de produire des ressources, de découvrir de nouveaux lieux…autant de sensations connues que le néophyte s’étonne de retrouver dans ce genre de titre aussi minimaliste.

Sans m’en rendre compte, j’ai passé 5h dans l’ambiance sonore sobre du jeu, avant d’en voir la fin. Paradoxalement, j’en sors avec des images plein la tête. Le titre est en anglais, mais vraiment pas bavard. Pour les moins anglophones qui seraient tentés, un petit coup d’œil sur WordReference permet de suivre, et de sentir l’ambiance. A Dark Room est une belle occasion de s’initier aux aventures textuelles, pour ceux qui n’ont pas connu la grande époque du genre dans les années 70-80. Si vous lancez toujours le même jeu “détente” sur votre Switch, faites-lui une place et sortez un peu de votre routine sur Stardew Valley. Idem si vous jouez sur votre téléphone portable. Mais ayez au moins la décence de le mettre en mode avion, merci.

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