Supraland

Life in plastic, it’s fantastic

Si je vous dis “un lieu de 9m2 où on cogite à plein de problèmes”, à quoi pensez-vous ? Si vous répondez “une cellule de prison”, techniquement oui, mais non.  Si David Münnich, le créateur de Supraland, nous enferme bel et bien dans 9m2, c’est plutôt dans un bac-à-sable, un vrai. Un vaste monde, à l’échelle d’un jouet en plastique. Au final, n’est-ce pas ce que nous sommes tous, de pauvres santons inertes dans les mains du destin ?

Supraland est un metroidvania rempli de puzzles, où l’on incarne un petit personnage en plastique rouge. Lorsqu’au village l’eau vient à manquer, les bleus, ces étrangers qui vivent de l’autre côté du bac, sont très logiquement accusés. Nous voilà donc en route pour mettre un terme au stress hydrique de notre communauté, à grands coups d’épée et de pistolet laser. Dès les premiers pas, on constate la créativité et les moyens mis en œuvre par le grand architecte des lieux : un petit garçon (probablement Hugo ou Théo), qui nous toisera avec l’arrogance du jeune âge pendant toute l’aventure. Bûches, roches, maisons, monuments, rivière et volcan : le gamin fait passer les maisons en Lego de votre enfance pour de misérables cabanes de pêcheurs. Comme un héro de jeu vidéo lambda, on ramasse des pièces, on ouvre des coffres.

Le nombre de recoins et de planques témoigne du plaisir qu’à eu David Münnich à concevoir son univers. Très vite les craintes que pouvait faire naître la promesse du jeu – en forme de large râteau – (“Un mélange entre Portal, Zelda et Metroid”) s’évaporent, face à un monde qu’on sent foisonnant de petits secrets, et empreint d’autodérision. La soif de découverte est déclenchée, et seul le loot d’améliorations pourra permettre de l’étancher. La progression est laissée au sens de l’observation du joueur, qui pourra au besoin consulter les PNJ pour de chiches indices. Double puis triple saut, armes et upgrades, tout s’enchaîne naturellement dans la frénésie enfantine d’une partie de Playmobil, vautré sur le tapis du salon. Mais Supraland sait aussi faire chauffer la boite à cerveau de manière régulière.

Dans la cours, des colles

Certains puzzles viennent ralentir le rythme, et invite à composer avec toutes les compétences. Le héro de plastoc devenant avec le temps un vrai couteau suisse, il ne s’agit pas d’utiliser à chaque fois la dernière arme, mais de garder à l’esprit les défis passés et de les conjuguer. Dans le crescendo de difficulté jusqu’au boss final (en forme de puzzle lui aussi), l’auteur reste bienveillant, tout en laissant au joueur la fierté d’y être arrivé seul. Le dosage est subtile, et jamais le conseil d’un PNJ ne donne l’impression d’être une solution jetée en pâture à votre cerveau en détresse.

En réalisant la prouesse d’être gratifiant mais accessible, Supraland est fait pour ceux qui vivent une relation d’amour-haine avec les puzzle games. Amour car en quête de défi, haine car la nature ne dote malheureusement pas tous le monde de la vivacité d’esprit de Jonathan Blow. Supraland ne souffre aucunement la comparaison en terme d’exécution et d’intelligence, il porte des ambitions moins “sèches” qu’un labyrinthe collé sur une porte, ou que des salles blanches de laboratoire*. Ce point sur la difficulté est surtout là pour rassurer ceux qu’une patience (ou des facultés cognitives) limitée a privé de la fin de The Witness, Braid, Portal…On reste ici plus proche d’un Metroid-Zelda dans la construction, et c’est tant mieux. Comme on incarne un jouet, les références aux personnages de l’enfance se font naturellement. Parmi tous les objets à collecter, il y a les coiffures des héros fameux de différents univers, que l’on prélève à même leurs cadavres disséminés un peu partout.

*Cette phrase peut contenir des traces éventuelles de : ressentiment, frustration, fruits à coques.

Quelle belle récréation printanière les copain.ines. Derrière chaque puzzle résolu se cache la promesse d’une nouvelle zone parsemée de références, à la Toy Story. David Munnich est ce papa qui cache les œufs de pâques dans le jardin, sans sous-estimer la perspicacité de ses gosses (il tient un Discord où il distille de gentils conseils à ceux qui sont perdus). Très généreux en secrets, le titre est également taillé pour les achèvementistes compulsifs obsessifs (sic). Ceux qui se satisferont de la trame principale sans trop s’égarer passerons tout de même une délicieuse vingtaine d’heures. Supraland est une grande et vivifiante récré de printemps, dans la cours d’un passionné.

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