Detention

Une Peur Blanche

Detention Red Candle

On ne s’y attendait pas, c’est incroyable”. C’est ainsi que le chargé de com de Red Candle exprimait sa joie en voyant Devotion au top des chartes Steam, hissé par des milliers d’évaluations positives dès sa sortie le 19 février dernier. Joie éphémère puisque le jeu sera retiré de la vente en une semaine, suite à la découverte de l’easter egg moquant Xi Jinping, le président Chinois. Rendons justice à cette bande de fous (Si, pour oser se moquer de Xi Jinping, faut être fou) en reparlant de leur précédent titre, un point’n’click horrifique 2D nommé Detention.

Dans Detention, on incarne Fang Ray Shin, une étudiante assidue qui erre dans son école devenue déserte, en proie à diverses sortes d’apparitions et d’altérations de la réalité. L’ambiance “Silent Hill asiatique” se fait immédiatement sentir : plus que la violence gore, c’est la suggestion malsaine et oppressante qui règne en maître. Le soin apporté à chaque tableau est impressionnant pour un jeu de cette ampleur. On est immédiatement saisi de fascination par le niveau de détails des décors, les couleurs, le sound design. Si les mécaniques sont classiques (trouver un objet ou résoudre un puzzle pour avancer), elle sont souvent inspirées. Le tout baigne dans un folklore asiatique emprunt de taoïsme et de bouddhisme du quotidien (prière, offrande…), loin des dragons et des feux d’artifices. Dans ce rêve où l’on perd de plus en plus pieds pointe le contexte du Taïwan de la “Terreur Blanche” par petites touches, jusqu’au dénouement.

La Terreur Blanche
En 1945, le Japon se retire de Taïwan après 50 ans d’occupation. Le leader du Parti Nationaliste Chinois, Tchang Kaï-chek, investit l’île. Sur le continent, le Parti Communiste remporte la guerre civile, et Mao Zedong proclame la République Populaire de Chine en 1949. Le Parti Nationaliste se réfugie alors définitivement à Taïwan, seul territoire qu’il contrôle encore. En 1947, la contestation populaire éclate face au gouvernement : la répression fait entre 10 000 et 30 000 victimes en quelques mois. Tchang Kaï-chek déclare la loi martiale en 1949, et se proclame président à vie. Les personnes aux idées communistes ou contestataires sont pourchassés. Pendant ces 38 années de “Terreur Blanche”, 140 000 personnes passerons devant les tribunaux militaires, et jusqu’à 8 000 seront exécutées.

L’errance de l’héroïne, Ray, va prendre la forme d’un purgatoire expiateur. Son environnement familial retranscrit les troubles d’une nation toute entière, à un âge où se mêlent pression sociale, angoisse du lendemain et premiers émois. Rien n’est gratuit dans cette petite histoire, qui va s’inscrire dans la Grande d’une manière extrêmement brutale. Les scènes s’enchaînent tantôt métaphores subtiles, tantôt claques dans la gueule. Limité par la taille de l’équipe de production, Red Candle propose un jeu court mais maîtrisé de bout en bout. Ils voulaient créer un jeu qui parle de Taïwan et de sa culture au monde, le champs des possibles était donc immense. Ils ont choisi de passer par le sujet qui, 30 ans après la fin de l’ère Tchang Kaï-chek, mobilise encore de nombreuses familles de victimes en quête de justice. Et si on en parle jusque dans de minuscules blogs à l’autre bout du monde, c’est que c’est très réussi.

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