This is the Police

Julie Let’s go

This is the Police
Développé par Weappy Studios, édité par THQ Nordic

Récemment émue par un Christophe Castaner expliquant le LBD à nos enfants, à fleur d’une peau qu’il doit avoir si douce, la rédaction a eu envie de loi, d’ordre. Quoi de plus attrayant alors que de jouer un chef de la police ? Mieux, un chef désabusé en fin de carrière, à qui la corruption fait de l’œil au crépuscule d’une carrière exemplaire. Michel Neyret : The Game, en somme.

This is the Police est un jeu narratif, intégrant micro-gestion et nombreux choix. L’écriture est soignée, et le casting de voix compense la neutralité faciale des personnages. On entre donc au commissariat de Freeburg dans les chaussures de Jack Boyd, chef de la police. A 180 jours de la retraite, le vieux briscard bedonnant a décidé de mettre 500 000$ à gauche avant de pêcher à plein temps. Son maigre salaire de fonctionnaire va l’obliger à tremper dans diverses combines, et à jouer sur différents tableaux entre les attentes du maire, du chef de la mafia, des magnats locaux et de sa propre équipe.

Tout se joue à la souris, sur une interface représentant la carte de la ville. Les affaires tombent, avec un délai d’expiration, et vous devez choisir qui envoyer sur le terrain dans votre “deck” d’agents. Le trajets se matérialise façon GPS, et les effectifs envoyés sont bien entendu indisponibles pendant ce temps (plus ou moins long selon la distance à parcourir). L’équipe étant limitée, on est forcé de faire des choix. Impossible d’aller arrêter cet exhibitionniste collé à la vitre de la salle de danse, quand tout le monde est mobilisé par une émeute de punks. L’ensemble est découpé en 180 journées de travail (moins deux ellipses.)

Après 4-5h de jeu hélas, la lassitude surgit comme la paperasse sur l’inspecteur débordé. Chaque journée débute par une séquence non skippable de démarrage de voiture. Au bout de la cinquantième fois, le jeu donne vraiment l’impression d’un pointage à l’usine. Idem pour les titres des journaux du matin, qu’on finit par ne même plus regarder. Le choix de la musique d’ambiance (par ailleurs excellente et variée) amène aussi sa séquence quotidienne. Si on prend un temps plaisir à choisir son blues préféré, on cliquera bien vite au pif dans la pile de vinyle, trop pressé de faire avancer l’histoire. Car celle-ci reste assez captivante pour qu’on fasse l’impasse sur les aspects fastidieux du titre. Du moins pendant les 10 premières heures.

Celle ou celui qui aura persisté malgré la répétitivité devra faire face à de nouveaux défis : la difficulté croissante à ménager la canaille et la flicaille, et à intégrer toujours plus de nouvelles fonctionnalités (facultatives voire inutiles). Les enquêtes internes ne tardent pas à tomber, même lorsqu’on s’efforce d’être honnête (au maximum). Finances asséchées par un maire mécontent, enquêteurs sur le dos pour avoir voulu trouver de l’argent ailleurs, coéquipiers exténués car en sous-effectifs…le cercle est bien vicieux, et une fois la tête sous l’eau il est très difficile d’en sortir. Cet ingrat de procureur nous envoie alors en prison, et il faut reprendre au checkpoint précédent. Dans un “Livre dont vous êtes le héro”, on revient directement à la page du choix crucial et basta. Ici on est forcé de refaire intégralement l’heure de jeu précédente, en connaissant à l’avance chaque événement. On tombe alors dans la corvée pure : clic, clic, clic.

Le contenu textuel est soigné et invite très souvent à une lecture attentive et plaisante. Il est impossible d’être intégralement l’un ou l’autre, et c’est ce numéro de funambule qu’il est agréable de réaliser, avec un Jack Boyd attachant. Malheureusement, la navigation générale se fait un peu à vue. On ne sait que très partiellement où la tolérance à la magouille s’arrête, et la malchance s’invite souvent de manière rageante. Il faudra de l’abnégation (ou de la chance) pour voir le bout de l’histoire. La sauce est épaisse et très bien préparée, mais trop allongée pour maintenir l’appétit de tous le monde. Comme cet article.

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