Riot : Civil Unrest

Foule sous tir létal

C’est bête, un joueur de jeu vidéo. On lui montre deux équipes face à face, et tout de suite il veut qu’il y ait un gagnant. Prenez ce quidam qui lance Riot : Civil Unrest comme un STR “émeutier VS forces de l’ordre”. Il se dit qu’il va réussir à tenir tête aux policiers avec des slogans. Le pouvoir des fleurs, jasmin, lila. Il spamme son mégaphone pour préserver l’unité de la foule. Manque de pot, il se fait éjecter de sa ZAD en express à grand coups de matraques et de lacrymo. Au bout du 3ème essai, déjà la voix de Laurent Voulzy n’est plus qu’un lointain écho. Il ne s’équipe que de cocktails molotov et de cailloux, et parvient enfin à tenir les perdreaux en respect.

RIOT n’est pas vraiment un jeu. A quoi sert réellement cette jauge ? Est-ce que ce bouton est vraiment utile ? Il faut voir l’expérience comme un tour d’horizon de quelques conflits, opposant une population contre son état (Quelques ZAD européennes, le Printemps arabe, Tian An Men…). Si le titre ne brille pas par son système de jeu très flou, il aura peut-être eu le mérite de porter à la connaissance de certains joueurs curieux quelques grandes luttes populaires chez nos voisins européens (Keratea en Grèce et No Tav en Italie), en Argentine, en Iran…

A part une identité visuelle marquée, l’autre attrait du titre est son éditeur d’émeute. On voit déjà émerger sur le workshop des événements d’un peu partout :  les manifestations suite au meurtre policier de Ferguson, les migrants honduriens bloqués à la frontière Mexicaine des USA, les brésiliennes qui militent pour le droit à l’avortement, des pro-russes à Kiev, le sommet de l’OTAN… Oui, il y a aussi les gilets jaunes au pied de l’Arc de Triomphe, intégrés par le créateur du jeu lui-même. Un moyen de sentir l’ambiance de la lutte sociale tout en préservant vos deux yeux.

L’identité visuelle et l’ambiance sonore réussie, par rapport au gameplay, confirment cette vocation d’expérience. Les scores sont anecdotiques et mystiques, mais les lieux sont joliment reproduits, de la  Puerta del Sol à la place Tian An Men. Le seul résultat tangible de vos parties sera la Une du lendemain. Victoire ou défaite, c’est au final la voie de la feuille de choux nommée “True Fact News” qui imprimera dans les têtes vos exploits. Peu importe l’enjeu du conflit, l’objectif médiatique sera toujours fixé sur le feu et les cailloux (aucune trottinette n’est présente en jeu).

La démarche de Leonard Menchiari, marqué par son expérience des manifestations du No Tav*, est louable et sans nul doute sincère. Du time attack où on ne sait pas vraiment ce qu’on fabrique en cliquant était-il le meilleurs moyen de faire passer un message ? C’était en tout cas une bonne manière de laisser s’exprimer un pixel art touffu, qui fait son petit effet. La plus belle intention vient de l’éditeur d’émeutes, qui permet un recensement collectif et international des événements sociaux de diverses envergures. Il y a deux joueurs en nous : celui qui contemple l’œuvre du fond de son âme éthérée, et celui qui la consomme en sortant sa CB. Le premier est content que RIOT existe, de cette représentation rare des luttes populaires dans le média. Le deuxième, pour le prix demandé, aurait aimé un documentaire en bundle, ou un album de Keny Arkana.

*grand projet de construction d’une nouvelle ligne TGV reliant Turin à Lyon, et à l’utilité discutable.

L’instant marketing
Lisons cet extrait de la description que fait l’auteur de son jeu sur sa page Steam :
“Civil Unrest offre au joueur l’opportunité de vivre les conflits dans les deux camps – des conflits dont n’émerge aucun réel vainqueur. Qui a raison et qui a tort ? Vivez l’expérience RIOT – Civil Unrest et tirez vos propres conclusions.”
A présent, ce qu’on peut trouver au dos de la version boîte, sur Switch :
“Leonard Menchiari a expérimenté en personne cette forme de protestation, et Riot est né pour exprimer cela. […] Le joueur pourra expérimenter les deux côtés du combat dans lequel il n’y a rien de tel qu’une vraie victoire ou défaite.”
Apparemment la nuance – au cœur même du message de l’auteur – est trop subtile pour le joueur Nintendo.
Ou alors Christophe Castaner a été consultant marketing sur le portage.


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s