Rainswept

Le petit café dans la pleuviote

« Écoutez, laissez la police faire son travail, dès que j’aurai de plus amples informations croyez bien que vous en serez les premiers informés. « 

On cherche parfois des “petits jeux” pour casser la routine. Quand on termine en rotant un AAA, l’envie vient parfois de partir explorer des terrains plus itchioesques et moins chronophages. Premier projet de son créateur Armaan Sandhu, fondateur de Frostwood Interactive, Rainswept est sorti le 1er février. J’aime les détectives en imper beige et je n’avais pas de chandeleur à préparer.

Octobre 1996. Tupac est mort depuis bientôt un mois. Mais vous, détective Michael Stone, n’êtes de toute façon pas chargé de savoir qui, des flics ou de Suge Knight, l’a tué. Vous êtes envoyé à Pineview pour enquêter sur un meurtre-suicide conjugal. Une charmante bourgade par ailleurs, bordée de forêts de pins humides qu’arrose une pluie extrêmement mouillée. Les autorités locales sont pressées de boucler l’affaire, et la conclusion de Marcel Patoulatchi est formelle : le jeune homme a tué sa petite amie avant de se suicider (a fortiori). A une semaine d’une foire commerciale importante, toute la ville suinte des rumeurs d’usage : “Ils venaient de la grande ville” ; “Il ne se sont jamais intégrés ici” ; “Ils n’avaient pas d’amis”. Autant d’éléments à charge qui poussent le détective pugnace que vous êtes à creuser l’affaire, en dépit du verdict de la sagesse millénaire des bouseux.

Rien de vraiment original pour les amateurs de Mickael Connelly et Julie Lescaut, mais le cœur du jeu est de toute façon ailleurs, on va y revenir. Le gameplay, son créateur le place “Quelques part entre Telltale et Night in The Woods” *. On analyse une scène de crime en cliquant sur des éléments, on interroge les habitants, on se déplace dans la ville grâce à une carte, accompagné le plus souvent de l’officier Blunt, qui dégouline d’empathie à notre égard. Car oui, le détective Stone n’est pas en giga-forme. Le jeu nous épargne le cliché de l’inspecteur-un-peu-alcoolique, mais les phases de terreurs nocturnes qui concluent chaque journée sont sans appel : Michael est rongé par la culpabilité, le remord, limite nervous breakdown. Les paysages du jeu sont épurés et affichent de chouettes tableaux. La musique est étrangement calme, et la bande-son laisse souvent s’exprimer la pluie. Vite, un café.

*Interview sur le site Indie Ranger

Nous sommes venus pour une enquête policière, mais les flash-backs où l’on joue le couple de victimes nous confirment que ce n’était qu’un prétexte. Le cœur du jeu est dans ces moments avec nous-même et notre moitié, dans ces dialogues banals qui se transforment en numéros de funambule entre les émotions de chacun. Si l’enquête, avec ses poncifs habituels (la fausse-piste grosse comme un camion, etc), nous maintient moyennement en haleine, une pauvre discussion dans le canapé un soir de pluie pourra arracher un frisson. Quiconque est ou a été en couple sera forcément touché par des situations intimes mais universelles, malgré le background dramatique (heureusement moins universel). L’aventure, qui dure 5-6h, recèle ainsi quelques scènes précieuses, où l’on sent l’attention de l’auteur à peser chaque ligne. Vous les sans-cœur, il est impossible de crier au tire-larme facile, tant les personnages sont visuellement neutres et inexpressifs. Des poupées d’aplats de couleurs, auxquelles les mots ont insufflé la vie avec délicatesse, et succès.

Vous ne serez pas bluffé par l’histoire de Rainswept. Vous n’allez probablement pas mourir de suspens. Mais qu’importe, il reste à la fin cette petite trace, deux ou trois scènes, qui nous disent que le jeu a fait mouche. Derrière le polar, l’auteur avait quelque chose à nous dire sur les relations conjugales, et il le fait avec élégance et pudeur.

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