Do Not Feed The Monkeys

Big stalker is watching you

Nombreux sont les jeux à nous procurer une sensation de pouvoir. Il y a la puissance physique d’un avatar viriliste, le bruit mat du canon d’un pe-pom, les opposants politiques que l’on corrompt d’un clic… Do Not Feed The Monkeys choisit de nous faire goûter à une version inédite du pouvoir dans un jeu vidéo : l’omniscience du voyeur.

Habitant d’un 20m2 dans une ville à peine futuriste,vous êtes contacté par le Club d’Observation des Primates (c’est ce que traduirait la VF s’il y en avait une). Après avoir signé quelques formulaires, vous voilà équipé du logiciel Monkey Vision, qui affiche vos 4 premières caméras. L’interface du point’n’click est confinée : face à votre écran d’ordinateur, vous tournez la tête à droite pour voir votre frigo et votre lit.

Vous commencez donc à mater, sans trop savoir pourquoi. Chaque caméra possède sa page de notes dédiée, que vous complétez en cliquant sur les éléments intéressants du décor ou des discussions, mis en surbrillance. Vous pouvez ensuite approfondir vos enquêtes de commère via le Google local. En effet, comment faire chanter cet Auditeur Financier – par ailleurs drag-queen nocturne – sans son numéro de téléphone ? Merci, Google. Cette activité à priori très passive est dynamisée par une dimension gestion : il vous faut dormir, manger et travailler, ce qui consomme de précieuses heures, pendant lesquelles vous ratez de non moins précieux instants d’intimités. Vous avez besoin d’argent pour acheter plus de caméras sous peine d’éviction du Club, pour éviter le game over par expropriation…

Autant de perturbations dans votre travail honnête, qui sont au fondement même du côté addictif du titre. On pestera de devoir s’absenter les 4 prochaines heures pour ce job de “Faiseur de file d’attente fictive”, en sachant que l’on risque de rater un enregistrement. On apprend donc à modifier sa routine, à dormir par tranches de 3h, à se faire livrer des plats préparés, nocifs pour la jauge de santé mais économes en temps. Le Primate Observation Club vous demandera régulièrement des informations contre rétribution, ce qui vous poussera à appuyer vos investigations sur une “cage” en particulier.

Pas besoin de traverser la rue pour trouver du travail : les annonces sont accrochées sur votre porte.

Mais là où vous révélerez votre vraie nature, c’est dans ce que le Club ne vous demandera pas, et que vous ferez de vous-même pour tester, comprendre, ou punir. Hors de question de spoiler les intrigues tantôt potaches, tantôt tragiques. Disons juste qu’il y en a pour chaque enfant qui sommeille en vous : celui qui se rêve policier, comme celui qui arrache les pattes des sauterelles et dont on peut déjà lire, dans des yeux qui jamais ne clignent, l’avenir tortueux que viendra sceller une peine à deux chiffres.

Le taux d’inégalité parmi les plus pauvres à son niveau le plus bas !

Il est impossible de percer les mystères de tous les sujets observés sur une seule partie (compter 2-3h), et il y a assez de contenu rigolo pour nous faire revenir avec plaisir et explorer toutes les fins possibles, qui varient selon votre degré d’obéissance, de moralité…L’humour général repose beaucoup sur une caricature – à peine forcée – de nos sociétés capitalistes dans leurs dimensions politique, marketing…Ça aurait pu être lourdingue, mais le dosage finesse / loufoquerie est parfaitement maîtrisé et savoureux.

Si vous êtes du genre frileux à vous lancer dans des concepts un peu originaux, Do Not Feed The Monkeys est recommandable pour son humour et un challenge présent : vous allez vraiment jouer et même sûrement voir le game over au moins une fois. Un genre de BD dont vous êtes le héro avec plein de recoins à fouiller frénétiquement, qu’on referme les mains plus ou moins propres, mais l’esprit rafraîchit d’un titre unique.

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