The Forest

Entre ciel et (sous) terre

Après des années d’early access en embuscade dans les fourrés, Endnight Games sortait du bois en avril dernier avec la 1.0 de The Forest. Toujours activement porté par sa petite équipe, le jeu mérite qu’on en cause encore en 2019. Alors suivez-moi dans les bosquets, j’ai des baies.

Le pitch est on ne peut plus classique : rescapé d’un crash d’avion, le joueur découvre une zone visiblement protégée par l’ONF, où errent des cannibales presque nus. Il s’agit de survivre et de retrouver votre fils, Timmy. Chasse, pêche, cueillette et démembrage d’autochtones sont au programme, sous un cycle jour-nuit et la dictature des jauges habituelles (faim, soif, énergie). Côté interface,  l’aspect organique du craft est immédiatement plaisant. Ici point de cases, de grilles ou de listes avec des recettes à débloquer. On ramasse des choses, puis on déballe son baluchon sur une toile bleue posée sur le sol à la mode pique-nique. Pour crafter, on associe les objets au centre de la nappe. Un côté instinctif fort agréable, qui fait goûter à une sensation de bricole artisanale gratifiante. Bon, vous êtes quand même guidé par des suggestions discrètes après avoir posé votre premier ingrédient sur la nappe. Vous ne gagnerez pas un Nobel d’ingénierie pour avoir pressenti l’éventuel aspect létal de l’association entre une bouteille d’alcool et un chiffon, mais vous serez fier d’entendre les cris de Gollum endolori de vos premiers larrons enflammés.

Pour la construction de cabanes et autres structures, des plans en bonne et due forme vous sont proposés dans un carnet de bord, ainsi qu’un système de construction libre. Dans un premier temps, la peur du harcèlement vous fera choisir l’abri de fortune le plus rapidement sur pieds : il n’y a qu’à l’intérieur qu’il est possible de sauvegarder. Il serait dommage de se faire cueillir à la nuit tombée à cause d’un chantier trop ambitieux. Et pourtant on en a envie de ce nid douillet, à côté de ce magnifique plan d’eau où l’on plonge par pur plaisir. Mais vous voilà mouillé et grelottant, vite, un bon petit feu ! Oups, plus de brindilles en stock pour l’allumer…A ce stade, il faut réfréner ses envies de Campagne & Décoration pour intégrer les bases de la survie. Le premier arc, les premiers chevreuils, la première gourde, le premier choc sourd d’un gourdin vous éclatant l’occiput.

Le bambi glitcheur est un animal farouche et solitaire.

Détail important : le jeu ne vous met pas d’entrée une map entre les mains, même partielle. Le flou autour de l’étendue géographique des lieux peut durer, selon les errances de chacun, assez longtemps. Les premiers repères, on les fixe donc soi-même en plantant un piquet, en avisant cette marre, ce promontoire rocheux…Et ça Wilson, c’est beau ! Passé les premiers plaisirs visuels, on ose commencer à s’aventurer “hors de sa zone de confort”, comme disent les managers disruptifs en pré burn-out. Ho ! Une plage, je suis donc sur une île ? Ho ! Les vestiges d’un campement ! Mais pourquoi ces gens sont-ils roussis? Que fait cette tête sur ce pieu ? La nuit tombe, vite Milou, rentrons ! Les premiers contacts avec les indigènes vous avaient préparé à l’exotisme du folklore local, mais vous n’êtes qu’au tout début de vos surprises touristiques.

Allo papa, bobo. Papa, cherche-moi au lieu de taquiner le moineau.

L’émerveillement des premières heures est tel qu’on en oublierait presque de partir à la recherche du fiston, Jimm..Tommy ? Non, Dylan. Bref vous avez sa photo dans votre sac à dos, ça devrait suffire. Par une matinée ensoleillée où vous irez traîner votre culpabilité de père indigne aux abords d’un ruisseaux, vous tomberez sur l’entrée d’une petite caverne, ou une simple brèche dans la roche. Vous vous y glisserez, pauvre fou, et sans temps de chargement, encore !

Sans divulgâcher, disons que le jeu prend alors un autre rythme, basé sur deux phases. Vient donc la spéléologie morbide qui distille au compte-goutte des indices sur la quête, et livre le lore plutôt riche de l’endroit. On retrouve ensuite la surface par un autre accès, découvrant du même coup un autre endroit où se refaire une santé, une cabane, des provisions. En fonction des caves visitées et selon votre prudence , les phases en sous-sols peuvent dépasser tranquille l’heure de jeu. La sensation « d’apnée » lors de l’exploration des boyaux obscurs est vraiment bien ressentie, et accentuée par la beauté des paysages extérieurs, dignes d’un walking simulator entre l’Auvergne et les Vosges.

Les lieux d’intérêt et indices donnent toujours l’envie de redescendre, certain  de remonter en ayant fait un pas vers le dénouement, en ayant désépaissi un peu plus le mystère qui suinte de chaque stalactite. On replonge sous terre dans un mélange d’avidité et d’appréhension. Les amateurs de nature morte et d’anatomie humaine seront comblés. Ce jeux que vous avez acheté 17 balles pour le plaisir de chasser le lapin de garenne et construire des cabanes cromignonnes (Hohé, pas à moi.) révèle doucement une dimension insoupçonnée.

Spelunkyste

Face à des poursuivants rêvant de vous voir le faire littéralement par un travail de contorsion post-mortem, il est possible, en extérieur, de prendre métaphoriquement ses jambes à son cou. Les affrontements sont en revanche inévitables en intérieur. Mais pas de panique, amis pleutres :  les astuces des victoires sans panaches n’échapperont pas à vos petits yeux vicieux. Si les ennemis sous leurs diverses (in)formes sont plutôt vifs, ils font en revanche de bien piètres grimpeurs. A vous les sessions de tir à l’arc enflammées du haut d’une rocher. Un biais de facilité cependant atténué par le noir total qui tombera, quand dans l’euphorie vous aurez épuisé toutes vos fusées éclairantes. Contraint au corps à corps à la lueur d’un briquet capricieux, tous le monde pourra alors sentir les effluves rances de votre sueur de lâche.

The Forest est un excellent survival qui dévoile sa profondeur jusqu’à un final qui vaut le voyage : une vraie histoire dans un univers champêtre et beau, macabre et captivant. Si vous êtes d’habitude hermétique aux jeux de survie, tentez ! Car on peut juste « faire » The Forest et arriver à l’une des fins alternatives, sans avoir l’impression de (trop) crouler sous le craft. Pour mourir de faim, il faut vraiment le vouloir (ou jouer en mode hard, peut-être). Pour les survivors, on se revoit dans une cinquantaine d’heure minimum. En ce mois de janvier, les devs viennent d’ajouter du contenu : une arbalète et un deltaplane.

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